Archives de l'auteur : bmi d'Épinal

La vallée de Senones

Cette terre est occupée par des montagnes très élevées, couvertes de rochers si immenses que l'on dirait être des châteaux posés naturellement sur leurs sommets, donnant ainsi à celles-ci un aspect terrifiant. Entre ces montagnes escarpées comme nous l'avons dit se trouvent de très profondes vallées, couvertes de forêts de sapins, renforçant ainsi cet aspect si obscur qui donne si grande peur à ceux qui les observent.[...] De si vastes contrées solitaires sont bien plus habitées par les bêtes sauvages que par les hommes, comme si les hommes de ce temps avaient fui la peine d'y vivre. Cette terre que nous décrivons est appelée "Vosage" par les anciens et "Vosge" par les modernes.

DANTAND, Dominique, La Chronique de Richer, moine de l'abbaye de Senones, Lorraine, XIIIe siècle, éditions Entreprises & Culture en Lorraine, coll. Terres d'abbayes en Lorraine, vol. 3, 2013.
Chapitre 2 du livre 1er : Description et situation de la contrée solitaire des Vosges, p. 9.

Bibliographie : Au XIIIème siècle, le moine Richer dans sa Chronique a relaté la fondation des abbayes de Senones, Saint-dié, Moyenmoutier. Il évoque la vie des saints fondateurs, leurs miracles... Il nous livre également au début du 1er livre une description du massif vosgien dont il souligne le caractère inhospitalier et sauvage.

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Le lac de Longemer

En remontant le cour de la Valogne [sic], l'on arrive au lac de Longemer, moins vaste que celui de Gérardmer, mais si bien encadré par les splendides paysages de ses rives qu'il est de beaucoup supérieur à ce dernier. A droite et à gauche s'élèvent de hautes montagnes hérissées de sapins dont les pieds se baignent dans les eaux du lac : les hêtres gigantesques qui se mêlent à cette sombre verdure en varient heureusement la nuance et produisent de beaux effets de couleur. La perspective du lac est fermée au fond par une haute montagne que souvent, en automne, la neige glace de ses paillons d'argent, et qui est un contre-fort du Honneck [sic]. En longeant le lac, l'on parvenait autrefois par une pittoresque vallée au lac de Retournemer. Aujourd'hui, l'on suit une route percée à travers une magnifique forêt, et de laquelle on aperçoit les deux lacs : le plus sage est d'aller par l'une et de revenir par l'autre.

BELLEL, Jean-Joseph, GAUTIER, Théophile. Les Vosges. Paris : Éditions A. MOREL et compagnie, Libraires-éditeurs, 1860, pp. 12

Bibliographie : Jean-Joseph Bellel (1816 -1898), peintre français, édite en 1860 un album intitulé Les Vosges. Il est composé de vingt dessins au fusain de sa main et lithographiés par J. Laurens. Il confie la rédaction du texte descriptif à son ami Théophile Gautier (1811-1872) qui a effectué un voyage dans les Vosges en 1858 et 1859.

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La cascade du Géhard - Val-d'Ajol

Ce chemin gravi, on se trouve en face de la cascade de Géhart [sic], laquelle, il faut l'avouer, n'a rien de bien grandiose. L'été, il lui manque souvent une chose importante pour une cascade, c'est-à-dire de l'eau. De minces filets rayent à peine le roc aride et nu où les nappes bouillonnantes devraient écumer ; mais quoique l'on soit un peu désappointé, le site vous dédommage complètement. Si la curiosité n'est pas très-remarquable, le chemin qui y mène est une merveille.
Près de la cascade de Géhart il existait autrefois de gigantesques sapins, les aînés de la solitude, les colosses de la forêt, abattus et exploités depuis qu'on a fait une route permettant d'amener au bas de la montagne les arbres coupés sur les hauteurs. L'industrie joue de ces tours à l'art. Les peintres soupirent, les propriétaires se frottent les mains : ainsi va le monde. Il en reste cependant encore assez pour que la beauté du site n'en souffre pas.
La cascade est couronnée par le sommet de la montagne et entourée d'une immense forêt, dont les arbres énormes s'accrochent avec leurs racines comme avec des doigts monstrueux aux blocs de granit qui leur servent de base. Lorsqu'un rayon de soleil traverse ces épaisses ramures, effleure les fûts des sapins ou des frênes, dore les mousses, met des diamants aux gouttes d'eau, il se produit des effets à faire la joie et le désespoir de l'artiste.

BELLEL, Jean-Joseph, GAUTIER, Théophile. Les Vosges. Paris : Éditions A. MOREL et compagnie, Libraires-éditeurs, 1860, pp. 9-10

Bibliographie : Jean-Joseph Bellel (1816 -1898), peintre français, édite en 1860 un album intitulé Les Vosges. Il est composé de vingt dessins au fusain de sa main et lithographiés par J. Laurens. Il confie la rédaction du texte descriptif à son ami Théophile Gautier (1811-1872) qui a effectué un voyage dans les Vosges en 1858 et 1859.

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Le Maison des Arcades - rue Stanislas Plombières-les-Bains

La maison la plus architecturale de la ville est celle qu'on nomme la maison des Arcades, bâtie, en 1760, pour mesdames Adélaïde et Victoire de France. Elle a grand air et fait bonne figure avec ses portiques, où les promeneurs trouvent un abri contre les brusques averses. Après avoir servi d'hôtel de ville, la maison des Arcades, qu'on appelle aussi un peu ambitieusement le Palais-Royal, loge maintenant le médecin inspecteur des eaux.

BELLEL, Jean-Joseph, GAUTIER, Théophile. Les Vosges. Paris : Éditions A. MOREL et compagnie, Libraires-éditeurs, 1860, pp. 6

Bibliographie : Jean-Joseph Bellel (1816 -1898), peintre français, édite en 1860 un album intitulé Les Vosges. Il est composé de vingt dessins au fusain de sa main et lithographiés par J. Laurens. Il confie la rédaction du texte descriptif à son ami Théophile Gautier (1811-1872) qui a effectué un voyage dans les Vosges en 1858 et 1859.

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Le Saut de la Cuve - Saint-Amé

Un peu plus loin, vous trouvez le village de Saint-Amé, où vous faites halte pour visiter le saut de la Cuve, formé par la rivière du Belliard. C'est un site où les touristes iraient en pèlerinage s'il se rencontrait ailleurs qu'en France. La nature, qui sait bien peindre quand elle s'en mêle, a composé dans ce coin perdu un Salvator Rosa plus magnifiquement sauvage que pas un de ceux qu'on admire aux galeries. D'un banc de roches anfractueuses, fendillées, plaquées de mousse, de saxifrage, formant comme le mur de soutènement du plateau supérieur, la rivière s'élance après avoir traversé un bois par la brèche qu'elle s'est ouverte, et retombe en écume dans le bassin qu'on appelle la Cuve, où elle se tranquillise bientôt et reflète à son miroir transparent et sombre les blocs granitiques entassés sur ses bords et les arbres dont les racines se sont glissées entre leurs masses. Cet endroit a un caractère de grandeur, d'âpreté et de solitude qui le distingue de tous les sites environnants. Ces rochers austères conviendraient à une Thébaïde, ces arbres mystérieux semblent faits pour abriter un anachorète, et l'imagination y place volontiers un saint Jérôme à genoux devant une croix de roseau et se meurtrissant la poitrine d'un caillou ; son lion symbolique trouverait là des mousses pour se coucher. Mais, vers le soir, à l'ermite on substituerait avec vraisemblance un brigand accoutré d'une manière farouche et barbare, comme le peintre napolitain en met souvent en embuscade dans ses défilés de montagnes et ses selve-selvaggie.

BELLEL, Jean-Joseph, GAUTIER, Théophile. Les Vosges. Paris : Éditions A. MOREL et compagnie, Libraires-éditeurs, 1860, pp. 2-3

Bibliographie : Jean-Joseph Bellel (1816 -1898), peintre français, édite en 1860 un album intitulé Les Vosges. Il est composé de vingt dessins au fusain de sa main et lithographiés par J. Laurens. Il confie la rédaction du texte descriptif à son ami Théophile Gautier (1811-1872) qui a effectué un voyage dans les Vosges en 1858 et 1859.

 

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La cascade de Tendon

Sur le flanc de la montagne, en face de soi, de l'autre côté de la vallée, on voit briller à travers les arbres la nappe argentée d'une cascade ; c'est le Tendon qui se précipite, du sommet de la montagne, à grand fracas, à travers des roches tapissées de mousse et de lichen, écume, bouillonne et se divise en ruisseaux dont les ramifications vont irriguer plus loin les riches prairies des terrains inférieurs. Toutes ces eaux courent sous un bois épais, touffu, aux rameaux entrelacés cachant le ciel, mais laissant filtrer quelques-uns de ces rayons qui semblent semer des pièces d'or sur l'herbe verte et la terre brune.
On y passerait la journée à observer les jeux d'ombre et de lumière, les formes étranges des roches, le jet vigoureux des arbres, tous les accidents d'un site fait à souhait pour les paysagistes, si la nécessité de poursuivre la route et le désir de voir de nouvelles beautés ne vous en arrachaient.

BELLEL, Jean-Joseph, GAUTIER, Théophile. Les Vosges. Paris : Éditions A. MOREL et compagnie, Libraires-éditeurs, 1860, pp. 2

Bibliographie : Jean-Joseph Bellel (1816 -1898), peintre français, édite en 1860 un album intitulé Les Vosges. Il est composé de vingt dessins au fusain de sa main et lithographiés par J. Laurens. Il confie la rédaction du texte descriptif à son ami Théophile Gautier (1811-1872) qui a effectué un voyage dans les Vosges en 1858 et 1859.

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La cascade de Tendon

Après quelques instants de cette contemplation, l'œil se porte sur une montagne voisine, qui se distingue par le mélange de hêtres et de sapins. C'est là que se trouve la Cascade de Tendon. Plein d'admiration, je contemplais le spectacle majestueux que la nature me présentait. Je vis s'élancer d'une hauteur de plus de cent pieds les eaux bouillonnantes de la cascade, tomber avec fracas de rocher en rocher, d'abord en flots abondants et ensuite comme une pluie légère, se réunir dans un bassin et former des ruisseaux qui serpentaient dans la prairie voisine. L'élévation de cette masse de rochers, le bruit de cette eau jaillissante qui, réfléchissant les rayons du soleil, devenait brillante de sa lumière, les arbres élevés dont elle était environnée, et qui contrastaient entre eux par la couleur de leur feuillage, la sérénité d'un temps favorable, les chants variés des oiseaux, la vue pittoresque qui s'offrait dans le lointain, tout concourait à rendre mes jouissances plus vives, tout me pénétrait d'étonnement et de respect pour les grands ouvrages créés par nature.

CHARTON, Charles. "Lettres d'un provençal", in Voyages anciens et modernes dans les Vosges 1500 - 1870. Épinal : Éditions Veuve Durand et fils, Libraires-éditeurs, 1881, pp.179-180

Bibliographie : Les Lettres d'un provençal, parues dans le Mémorial de l’Industrie de 1821, sont en réalité l’œuvre du vosgien Charles Charton (1800-1876). Cet historien et membre de la Société d'Émulation dépeint les Vosges et les mœurs disparues des Spinaliens.

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Rue du Général Leclerc - Épinal

Les Champs-Golot présentent encore plus de singularité que les Brandons. A peine la nuit est-elle arrivée que les larges ruisseaux de la rue de l'Hôtel-de-Ville charrient de nombreuses chandelles allumées sur de légères planches. On accourt de toutes les parties de la ville pour voir ce spectacle. Ces petits bateaux enflammés sont conduits par des enfants qui chantent sans cesse ce couplet :
Les champs golot,
Les lours relot ;
Pâques revient,
C'est un grand bien
Pour les chats et pour les chiens,
Et les gens tout aussi bien.
Vous ne comprenez peut-être pas ces deux premiers vers. Ils sont écrits dans un vieux patois qui n'est plus guère connu dans le pays. Aussi ai-je eu bien de la peine à me les faire expliquer. Ils signifient : les champs coulent, les veillées s'en vont. Ce spectacle bizarre, qui se donne le jeudi-saint, annonce le retour du printemps, l'accroissement des jours, la fin des veillées ; on éteint dans l'eau les chandelles qui ont éclairé l'ouvrier pendant les longues soirées de l'hiver. Il annonce aussi que le carême touche à sa fin, que l'on va reprendre l'usage des viandes ; de là le grand bien dont sont près de jouir les gens et les animaux domestiques que désigne la chanson. Jadis les artisans seuls allumaient les champs golot, mais, depuis quelques temps, tous les habitants ont voulu participer à la coutume.

CHARTON, Charles. "Lettres d'un provençal", in Voyages anciens et modernes dans les Vosges 1500 - 1870. Épinal : Éditions Veuve Durand et fils, Libraires-éditeurs, 1881, pp.171-172

Bibliographie : Les Lettres d'un provençal, parues dans le Mémorial de l’Industrie de 1821, sont en réalité l’œuvre du vosgien Charles Charton (1800-1876). Cet historien et membre de la Société d'Émulation dépeint les Vosges et les mœurs disparues des Spinaliens.

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Parc du cours - Épinal

Les environs d'Épinal présentent de toutes parts des promenades agréables et variées. Celle du Cours est une vaste prairie, située hors de la ville, plantée de tilleuls et de peupliers, et dont un des côtés est arrosé par la Moselle. La plupart de ces arbres sont fort anciens ; ils ont, m'a-t-on dit, été plantés le jour même où Henri IV expirait sous le poignard de Ravaillac.

CHARTON, Charles. "Lettres d'un provençal". in Voyages anciens et modernes dans les Vosges 1500 - 1870. Épinal : Éditions Veuve Durand et fils, Libraires-éditeurs, 1881, pp.168

Bibliographie : Les Lettres d'un provençal, parues dans le Mémorial de l’Industrie de 1821, sont en réalité l’œuvre du vosgien Charles Charton (1800-1876). Cet historien et membre de la Société d'Émulation dépeint les Vosges et les mœurs disparues des Spinaliens.

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Château d'Épinal

Ce qui rendait surtout celle ville puissante, c'était un château-fort, bâti sur une hauteur qui domine Épinal. Ce château, qui, avant l'invention de la poudre, passait pour imprenable, a été très souvent assiégé. Quelques débris, conservés avec soin, donnent encore une idée de sa force. Le propriétaire, M. Doublat, l'un des plus riches habitants du pays, a embelli des lieux qui, naguère, étaient dans l'état le plus sauvage ; il a fertilisé une terre inculte, et, unissant l'agréable à l'utile, il a achevé son ouvrage, en créant une promenade qu'il laisse ouverte au public. La jeunesse de la végétation contraste puissamment avec l'antiquité des constructions. La vue des débris de cette forteresse me rappelait ces siècles qui ne sont célèbres que par les guerres funestes des grands vassaux contre le souverain. Je contemplais les paysages qui se dessinaient de tous côtés à mes yeux ; je suivais le cours de la Moselle, dont les eaux sont si claires et si limpides, et je le perdais à travers les vallons. Je portais mes regards sur ces bois antiques, principales richesses de la contrée, et les arrêtant sur la campagne, je voyais le peu de terres que les forêts ne couvrent pas sillonnées par la charrue. J'aurais voulu être habitant d'Épinal pour venir souvent me promener sur les débris du vieux château.

CHARTON, Charles. "Lettres d'un provençal", in Voyages anciens et modernes dans les Vosges 1500 - 1870. Épinal : Éditions Veuve Durand et fils, Libraires-éditeurs, 1881, pp.166 

Bibliographie : Les Lettres d'un provençal, parues dans le Mémorial de l’Industrie de 1821, sont en réalité l’œuvre du vosgien Charles Charton (1800-1876). Cet historien et membre de la société d'émulation dépeint les Vosges et les mœurs disparues des Spinaliens.

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