Les vacances à Raon sur Plaine entre 1960 et 1965

Publié par Bibliothèques de Nancy le

Lieux évoqués : Lac de La Maix, Le Donon, Raon Sur Plaine, Luvigny, Vosges.

L’auberge du coup de fusil

« Entre 1960 et 1965 j’ai connu à Raon sur Plaine deux commerces bien fréquentés, autant par les habitués locaux que par les touristes de passage. Sur la même rue principale, en direction du Donon en venant de Nancy, on pouvait se désaltérer en terrasse, se requinquer devant une table sympathique après une marche jusqu’au lac de La Maix (1), voire prendre une chambre pour une nuit ou deux, calme champêtre assuré. On avait le choix entre l’hôtel-restaurant de la Poste et le Relais des Princes. Seul le premier cité reste aujourd’hui en activité avec une petite réputation de cuisine qui lui fait honneur.

Dans les années soixante s’arrêtaient souvent à Raon sur Plaine des cars de touristes le temps de midi et en soirée. J’avais alors une quinzaine d’année, je n’étais plus colon à N.D. Du Trupt mais aide-moniteur, en attendant l’âge légal obligatoire et le succès à la formation idoine pour être moniteur de colonies de vacances.

Nous disposions pendant les sessions d’une journée de repos par semaine, occupée le plus souvent, si l’on peut dire, à rattraper les heures de sommeil perdues les jours précédents. Et puis, à deux ou trois, nous en profitions pour explorer encore des alentours pourtant connus à la recherche de lieux où nous pourrions situer l’aire de nouveaux grands jeux pour les jeunes que nous avions la tâche d’encadrer.

A l’occasion d’une de ces journées il nous vint l’idée, le soir, d’aller faire un tour jusqu’à Raon sur Plaine. Notre colonie étant située entre Luvigny et ce village, nous n’en étions pas loin. Un bus de tourisme stationnait devant l’un des deux hôtels-restaurants. Vu l’heure ses passagers devaient déjà dormir dans les chambres. La nuit était claire. Allez savoir comment l’idée vint à l’un d’entre nous, et auquel, d’améliorer le souvenir que ces hôtes garderaient de leur court passage dans les Vosges. Et de toute façon, vu l’ancienneté de l’aventure il y a prescription. Toujours est-il qu’en quelques minutes nous avions « trouvé » dans les jardins environnants quelques glaïeuls, bégonias, roses, fougères et branches de genêts propres à faire d’un banal moyen de transport un autel mobile digne de la Fête-Dieu. Animés d’un réel sens de la justice et de l’équité, déjà, nous avions réparti harmonieusement nos prélèvements floraux de façon à ne pas mutiler les plates bandes et ne pas léser plus que nécessaire les propriétaires des jardins.

Bien entendu, dès le lendemain, deux d’entre nous profitèrent du temps de la sieste des enfants, imposée par la réglementation d’alors, pour aller boire un café sur le site de nos exploits nocturnes.

Ceux-ci étaient encore dans les conversations des quelques habitués présents pour disputer leur belote quotidienne entre deux ballons de blanc ou de rosé selon les goûts du jour. Il nous fut rapporté par nos camarades que l’hôtelier-cabaretier n’était pas plus ravi que cela de notre intervention promotionnelle contrairement, semblait-il, aux voyageurs qui avaient bien ri en montant dans leur char de carnaval. Il avait dû en effet, le restaurateur, pour se défendre de leur colère, s’associer à la protestation de ses voisins qui n’avaient pas été longs à constater d’où venait la matière première de ce fleurissement.

Ce mauvais jugement, à n’en pas douter, allait mériter châtiment, ce qui fut mis en œuvre rapidement dans les jours suivants par une nuit claire de ce joli mois de juillet. »

Jean-François Costa, Vous en reprendrez bien une becquée ? Editions du Panthéon, 2017, pp. 87 à 89.

1- Qu’il fallait mériter. Son accès n’était alors autorisé que par une sente piétonnière pentue alors qu’aujourd’hui les voitures se garent presque sur sa rive.

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