Les roses rouges

Publié par Bibliothèques de Nancy le

Lieux évoqués : Rue de Mulhouse, Bar le Royal

« Il se releva, repensa à ce livre de Romain Gary, Clair de femme. Se pouvait-il que l’on puisse poursuivre à travers une autre femme l’amour de celle qu’on avait perdue ? Il laissa cette question sans réponse, prit sa veste et partit à son rendez-vous galant.

Lucien se gara rue de Mulhouse. Les places étaient rares dans le quartier. Il s’aperçut alors qu’il avait plus d’un quart d’heure à tuer. Il s’engouffra dans le bar «Le Royal», s’installa au comptoir et commanda un demi. Au fond, près de la porte qui menait aux toilettes, il remarqua un groupe d’hommes, pris dans une discussion très animée. Lucien n’entendait pas tout depuis le comptoir, à peine quelques bribes : « On ne peut pas laisser faire ça » ou « II faut battre le fer tant qu’il est chaud».

Lucien termina sa bière, paya le patron et sortit. II traversa la rue, acheta une rose rouge chez le fleuriste.

Virginie Monin habitait dans une résidence, tout près du bar. II appuya sur la sonnette. La voix de l’infirmière retentit, rendue légèrement agressive par le grésillement du haut-parleur. II entendit le déclic, poussa la porte, se dirigea vers l’ascenseur, appuya sur le bouton du sixième étage et se retrouva devant la porte de l’appartement. Là, avec sa rose a la main, ii se sentit ridicule. II sonna. La porte s’ouvrit. Elle lui sourit. Elle était belle. Et lui, ému.

– Vous n’allez pas rester planté la?  

II se réveilla, entra dans l’appartement, tendit la fleur à Virginie.

– J’espère que vous aimez les roses ?

– De toute façon, maintenant, c’est trop tard.

Elle était en peignoir, les cheveux mouilles.

– Mais ne vous inquiétez pas, j’aime les roses, surtout les rouges. II y a un vase sur la table du salon. Mettez-là-dedans, je finis de me sécher les cheveux et je suis à vous. »

Zilber Karevski, Oustachis, 2010, Éditions de Vignaubière, p.57-58.

Iconographie : Wikipedia