La fille de la Hache-croix
Lieu évoqué : Vosges
« À présent, quelques minutes (combien de temps exactement ?) après que l’apparition eut surgi sur le bord de la route, Coca n’était plus certain du tout de l’avoir réellement vue. Plus certain de rien.
Une fille mince, claquée violemment par le balayage des phares.
Il n’aurait même pas été capable de dire comment elle était habillée : robe ? pantalon ? jupe ? L’image véritablement frappante qui imprimait toujours sa rétine, c’était la blancheur de la peau, le roux flamboyant, trop rouge pour être naturel, de la longue chevelure en mèches ondulées. Il avait le souvenir de cette vision-là… ce qui ne signifiait nullement qu’elle était la réalité.
Il avait remis le contact, manœuvrait machinalement l’exécution d’un demi-tour au milieu de la route quand ce qui le tracassait vraiment s’éclaira d’un seul coup : ces rumeurs qui avaient flotté pendant un temps à propos du col de la Hache-Croix.
Bien sûr qu’il avait songé automatiquement, quand la vision l’avait frappé, mais la surprise ajoutée à ce qui lui chamboulait déjà la tête n’avait fait que secouer un peu plus la confusion.
On disait qu’une fille se baladait la nuit sur le bord de la route, dans la montée du col, côté vosgien.
Une bouffée de chaleur inonda Coca et le couvrit instantanément de sueur moite. Il roulait au pas, scrutant les bas-côtés tirés de l’ombre comme si les phares arrachaient sur leur passage une bande de la pellicule opaque qui recouvrait l’alentour. Il n’était plus certain de l’endroit exact où il avait vu la fille. Où il avait cru la voir. »
Pierre Pelot, La fille de la Hache-Croix, Magnard jeune, 1998.
Iconographie : Wikipedia