Publier son histoire

Publié par Bibliothèques de Nancy le

Lieux évoqués : La Grande Goutte, Les Hautes Chaumes, Vosges

« Il grandit, marchant à pas de plus en plus vigoureux dans le temps. Il avait dix ans quand un jour levé au bout de nombreux autres progressivement assombris Marianne, sa mère, la femme de la vie de cet homme brinquebalant, s’en alla, en compagnie d’un moniteur de colonie de vacances prétendument breton, de près de quinze ans plus jeune qu’elle, et ne revint jamais.

Michaël se changea en individu ébouriffé du dehors comme du dedans, amputé d’une partie de lui-même, bricolé de toutes parts pour encore tenir debout. Il y parvint.

En bout de ce cataclysme, il quitta la maison où la famille qu’ils avaient plantée s’était prise à grandir comme par mégarde quelque temps. Il s’en fut lui aussi, ailleurs – pas si loin que la fuyarde et son jeune ravisseur – mais loin, quand même, et à la réflexion plus loin, sans doute. Dans la ferme du bout du monde, au bout du Goulot, dans la vallée de Grand’Goutte. Il enseignait encore, à la va-comme-je-te-pousse, il écrivit des livres. Il éleva son fils.

Il fut aidé par la petite sœur de Julie Durpois, Gabrielle, dans cette tache et dans ses jours et ses nuits de vie, en ce temps-là. Il n’en fit pas mystère. Ni Gabrielle. C’était la sœur de l’épouse du propriétaire des Hautes-Chaumes.

Personne, personne n’en fit mystère. Pourquoi l’eût-il fallu faire ?

Le jour de ses trente ans, Quentin le fils, tomba derrière la maison, en lisière de forêt, abattu à bout portant par une rupture d’anévrisme cataclysmique. C’était en 1998. Michaël avait cinquante-sept ans.

Il mourut lui aussi, de cette étrange et salope balle invisible, il ne fit plus rien de mieux qu’attendre…

Gabrielle le quitta et trouva refuge comme une naufragée dans sa famille qui voulut bien la recueillir.

En Février de l’an 2000, pour la rentrée littéraire du printemps, Simon publia cette histoire qu’il avait écrite en s’éveillant de l’enfer, son histoire dans laquelle les personnages portaient des noms de papier, et lui-même le premier. Qui devait fracasser un peu plus son existence et d’autres autour de lui. Le roman s’intitulait Braves gens du purgatoire. Il n’avait pas pris la peine de changer le nom des lieux. Ou bien peu. »

Pierre Pelot, Braves gens du purgatoire, éditions Héloïse d’Ormesson, 2019, p. 281.

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