« Je me suis réconcilié avec Nancy »

Publié par Bibliothèques de Nancy le

 

Lieu évoqué : Place Stanislas, Nancy.

« Nancy, comme Toul, est dans une vallée mais dans une large et opulente vallée. La ville a peu d’aspect : les clochers de la Cathédrale sont des poivrières pompadour. Cependant, je me suis réconcilié avec Nancy, d’abord parce que j’y ai dîné, et j’avais grand faim ; ensuite parce que la place de l’Hôtel de Ville est une des places rococo les plus jolies, les plus gaies et les plus complètes que j’ai vues. C’est une décoration fort bien faite et merveilleusement ajustée avec toutes sortes de choses qui sont bien ensemble et qui s’entraident pour l’effet : des fontaines en rocaille, des bosquets d’arbres taillés et façonnés, des grilles de fer épaisses, dorées et ouvragées, une statue du roi Stanislas, un arc de Triomphe d’un style tourmenté et amusant, des façades nobles, élégantes, bien liées entre elles et disposées selon des angles intelligents. Le pavé lui-même, fait de cailloux pointus, est à compartiments comme une mosaïque. C’est une place marquise. J’ai vraiment regretté que le temps me manquât pour voir en détail et à mon aise cette ville toute dans le style de Louis XV… Ce qui est remarquable, et ce qui achève bien d’assimiler l’architecture du dix-huitième siècle à une végétation, j’en faisais encore l’observation à Nancy en côtoyant la cathédrale, c’est que, de même que le tronc des arbres est noir et triste, la partie inférieure des édifices pompadour est nue, morose, lourde et lugubre. Le rococo a de vilains pieds. »

Victor Hugo, Le Rhin, Hetzel, 1855. pp.170-17

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