La guerre de Cent ans

Publié par Bibliothèques de Nancy le

Lieu évoqué : Barrois.

« Les troubles et les conflits qui n’en finissaient pas sous la minorité de Louis XIV avaient plongé le royaume de France et les territoires dévastés du duché de Lorraine dans une situation économique particulièrement épouvantable.

En ce début de l’an de grâce 1658, il fallait de l’argent, beaucoup d’argent, toujours plus d’argent, pour reconstituer les armées et faire prospérer le pouvoir bicéphale.

Les taxes et impositions en tous genres tombaient en force sur le Barrois pourtant amplement ruiné et le maréchal Henri de La Ferté-Senneterre, gouverneur de Lorraine nommé par Mazarin, s’employa avec un zèle scrupuleux à saigner tous azimuts et à pomper sans vergogne la moindre veine apparente qui fût à même d’alimenter les besoins colossaux de la Régence, mais également, à ce que l’on sait, de parfaire les rondeurs de son propre compte.

Comme il n’existait aucun îlot de tranquillité qui pût échapper à la voracité du maréchal, madame de Saint-Baslemont fut mise à contribution comme tout un chacun, et on lui demanda d’accueillir à ses frais exclusifs un régiment de cavalerie sur ses terres.

En raison des charges colossales qu’auraient occasionnées pour la collectivité neuvilloise le fonctionnement et l’entretien d’une telle unité, la dame refusa courtoisement.

Ce refus offensa la Régence et allait être pour la dame de Neuville le début de ses incommensurables ennuis financiers.

Le château fut réquisitionné et un « mandataire, gestionnaire, liquidateur » nommé. Ce dernier eut dorénavant la haute main sur les affaires de la seigneurie, madame de Saint-Baslemont n’étant pour ainsi dire plus rien chez elle, sinon un faire-valoir inconsistant que l’on évitait de consulter, y compris pour les opérations les plus délicates et les décisions les plus engageantes.

Minée par la maladie, usée moralement par la sévère cruauté de ses nombreux malheurs, la châtelaine se résolut à quitter la triste vie du monde pour celle du cloître, qu’elle espérait tranquille et radieuse, et où elle pourrait sereinement élever son âme à Dieu.

Elle choisit l’ordre le plus austère, celui des religieuses de Sainte-Claire du monastère de Bar. »

Claude Veillet, Le crève cœur de la dame de Neuville, Éditions des Paraiges, pp. 129-130.

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