« Le roi de France, le Roi-Soleil »

Publié par Bibliothèques de Nancy le

Lieux évoqués : Palais Ducal, Eglise Saint-Epvre, Nancy.

Pour agrémenter le repas de Sa Majesté

« Nancy, 1673. Pour nous autres Lorrains, les temps étaient sombres, compliqués, et pénibles. Il y a trois ans, la France nous avait envahis et nous craignions de perdre définitivement notre indépendance. Au printemps, la rumeur annonça que Louis le Quatorzième nous rendrait visite. Il logerait à Nancy pour quelques temps. Cette nouvelle fut accueillie avec le sentiment mitigé de la rancœur et, il faut bien le dire, d’une immense curiosité. Louis était tout de même le roi le plus puissant d’Europe ! Je me disais que les plus chanceux pourraient peut-être l’apercevoir lors de ses déplacements. Le 31 juillet, il fut reçu fastueusement avec toute sa cour au palais ducal. Le soir même, il y eut la réception des « Grands ». Des domestiques reconnurent le prince de Condé, chevalier de l’ordre du Saint-Esprit, identifiable à la livrée rouge de sa maison ainsi que les évêques de Metz, Toul et Verdun. La musique fut, dit-on, sublimement jouée par des musiciens dont certains portaient des trompettes fleurdelisées. On raconta que le Roi, entouré de nombreux militaires, dominait tout le monde tant sa prestance était exceptionnelle.

J’étais l’un des sonneurs attitrés de l’église Saint-Epvre, située juste à côté du palais ducal. Un soir, on frappa avec insistance à ma porte et ce fut la plus grande surprise et le plus grand honneur de ma vie. Le recteur-archiprêtre s’était tout spécialement déplacé avec deux laquais pour m’annoncer une très grande nouvelle : « Le roi de France, le Roi-Soleil, insista-t-il en savourant ses mots, a émis un souhait que tu peux… accomplir. » Je restai stupéfait : « Moi ? » dis-je. Alors, mettant sa main sur mon épaule, il précisa tout de même : « Que tu dois accomplir ! »

Dans les archives.

Louis XIV résida en Lorraine du 31 juillet au 24 août 1673. L’église Saint-Epvre était pourvue d’une cloche très renommée : « La Charlotte » dont le son était extrêmement agréable à entendre à telle enseigne que le roi de France ordonna qu’on la fît sonner pendant ses repas préférant, disait-il, cette musique à celle de sa cour. »

Christian Hermann, 52 petites histoires authentiques, surprenantes, étranges, incroyables sur la Lorraine du temps jadis, Paraiges littérature, 2018, pp. 63-64.

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