Fromage blanc

Publié par Bibliothèques de Nancy le

Lieux évoqués : Trieux, Bettainvillers, Sancy, Andeny

« Nous faisions beaucoup de préparations à base de fromage blanc alors qu’ici on trouve plus de fromages secs, comme le gruyère qui a été une découverte pour nous et, ce qui m’amuse beaucoup en France, c’est de voir les gens tâter le camembert, avant de l’acheter. Nous faisons beaucoup de gâteaux à la pâte levée, et le strudel, bien entendu. Je vous ferai goûter du gâteau aux noix que tout le monde adore à la maison.

Monsieur Grandidier était heureux de connaître leur point de vue et, en rentrant, il racontait tout cela à Madeleine et à Luce bien sûr, mais en catimini, car il n’aurait pas fallu que son fils le sût. En plus, que son père allât parler allemand, ça, il ne l’aurait jamais accepté ! Alors, ces jours-là, le grand-père, quand il prenait sa carriole, il inventait toujours une visite à un paysan de Sancy ou d’Anderny pour éviter trop de heurts avec Antonin.

D’autre fois, il sortait le soir, toujours en carriole, dans son épais manteau de laine en hiver, faire un tour au café de Bettainvillers mais aussi à la « Marine », voir un peu des nouvelles têtes.

Rien ne lui échappait, ni les filles qui montaient dans les chambres, ni les italiens qui jouaient aux sous à la mora, avec de grands cris comme s’ils allaient se battre alors qu’il n’en était rien, ni d’autres qui avaient bu un petit coup de trop, jeunes gosiers pas assez habitués à l’alcool et qui entamaient des chants de leur pays ! Mais la maréchaussée n’était jamais loin et dès qu’elle entrait dans ces lieux de vie un peu à part, tout bruit cessait comme par enchantement et chacun prenait un air dégagé. Les gendarmes n’étaient pas dupes et ils faisaient souvent semblant de n’avoir rien vu. […]

Les gendarmes les convoquèrent tous deux à la Gendarmerie de Trieux, pour le lendemain. Le Français passa le premier pour son compte-rendu de la situation. Il raconta les faits avec force et à la question :

– Mais pourquoi cet homme vous a-t-il lancé un œuf ?

Il répondit simplement :

– Parce que je l’avais traité de sale étranger !

L’officier de gendarmerie lui rétorqua aussitôt :

– Mais c’est lui qui devrait porter plainte contre vous ! En êtes-vous conscient ! Je vais le laisser partir et vous, je vous conseille de surveiller vos propos.

L’ouvrier italien fut prié de s’en aller sans subir d’audition, l’affaire fit grand bruit et ne se répéta plus, même dans les environs.

Quand on l’apprit au « Hameau », le grand-père applaudit à cette fin heureuse pour l’étranger et recommanda la prudence à son fils. »

Hélène Harvel, Et quand mon village lorrain devint une cité minière, éditions du Lau, 2010, p.48 à 50.

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