Le sourire des mauvais jours

Publié par Bibliothèques de Nancy le


Lieu évoqué : Neuves-Maisons

 » Tout le monde le savait et personne ne dérogeait, Chantal Robary interdisait qu’on l’emmerdât quand elle était en cuisine. Pas un téméraire, pas même son mri, surtout pas son ari, n’osait en général contrevenir aux diktats de cette petite brune volcanique, patronne du meilleur restaurant de la ville. Mais là, ça urgeait. René-Igor Klupek, à l’entrée, avait le sourire des mauvais jours. Olivier Robavy ne s’en sortait pas.

« Je vous assure Monsieur Klupek, personne n’a réservé pour vous.

– Et moi je vous dis que si, vous m’entendez ? « 

Le ton était courtois, mais l’œil menaçant. Sale temps. René-Igor Klupek n’était pas quelqu’un à contrarier. Il pesait lourd dans le chiffre d’affaires de la Petite Maison dans la Prairie.

 » Je… Je vais voir ma femme, on va s’aranger. » Qu’est-ce qu’elle va me passer !

Olivier Robavy avait une frousse bleue de sa charmante épouse. La mort dans l’âme, tout en distribuant des sourires aux tables du restaurant plein à craquer, il se dirigea vers la cuisine où il fut accueilli comme il s’y attendait.  » Tu sais pas lire ? T’as pas vu ce qui est écrit là ? Do not disturb. Ça vaut autant pour toi que pour les autres.

– Je sais Tatal, t’as raison, mais c’est un cas de force majeure. Monsieur Klupek piétinne à l’entrée avec cinq chinetoques. Il soutient mordicus qu’il a réservé.

-Ah, c’est René-Igor. Tu pouvais pas le dire plus tôt ? « 

La chef toquée tout à coup tout sucre tout miel claqua la bise à René-Igor, serra entre les siennes les mains des coréens impressionnés et enchantés du champagne-mirabelle suivi d’un autre puis d’un troisième. REpas euphorique pour tous, sauf pour René-Igor. La salope, elle l’a fait exprès, c’est comme si elle pointait déjà à Pôle Emploi.« 

Rachel Valentin, Chute d’un séducteur, Éditions Territoires Témoins, 2016

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