Coquelicots
Lieu évoqué : Hayange.
« Le champ est parsemé de milliers de véritables petits bijoux, peut-être de millions, des gouttes de sang dispersées dans l’océan vert des blés. Le coquelicot a repris possession de son territoire. Enfants, nous avons été les fiancés de cette coulée au chemin tracé dans la vallée qui s’évadait par une gerbe d’étoiles. Courbés, les anciens observent aujourd’hui le cadavre froid du persécuteur qui arracha à leurs terres d’innombrables paysans pour les jeter en milliers de fondeurs ou de lamineurs de son acier irréprochable. Pour chaque mineur, pour chaque sidérurgiste, mort pour la fortune de la maison De Wendel, une fleur rouge a poussé dans le champ de blé.
La voilà, la ligne rouge des hauts fourneaux, si longtemps cherchée par le révérend Père Bonnet. Le voilà le secret déposé au cœur de la colline au fond de la galerie creusée par les premiers mineurs. D’aussi loin qu’il vienne. Il est chez lui l’étranger. Il a façonné des cocottes géantes aux feux desquelles les femmes mijotent encore les odeurs de la méditerranée. Le champ de blé est vert comme l’espérance, et c’est le matin, dès le lever du soleil, qu’il se couvre de sang. Il en est ainsi depuis l’origine du fer. J’ai souvent rêvé de voir un drapeau rouge flotter au sommet des hauts-fourneaux. Le coquelicot m’a exaucé. »
Marc Olenine, Mandala sur Fensch : la colline du milieu : un regard intime sur Hayange, 2015, pp. 95-96.
Iconographie : Wikipedia