{"id":78,"date":"2015-08-19T14:27:24","date_gmt":"2015-08-19T14:27:24","guid":{"rendered":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/?p=78"},"modified":"2026-01-27T14:28:40","modified_gmt":"2026-01-27T14:28:40","slug":"la-figure-sur-le-masque-monique-archen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/?p=78","title":{"rendered":"Le parc r\u00eav\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p> <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/ARCHEN_PEP_Lolotte-traite.wav\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Lieux \u00e9voqu\u00e9s : Parc de la P\u00e9pini\u00e8re, Place Stanislas<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La petite avait entendu parler de \u00ab&nbsp;La P\u00e9pini\u00e8re&nbsp;\u00bb. On lui promettait toujours d\u2019y aller. C\u2019\u00e9tait un grand square o\u00f9 l\u2019on pouvait courir dans les larges all\u00e9es ombrag\u00e9es d\u2019arbres centenaires, respirer le parfum des tilleuls en \u00e9t\u00e9, jouer dans le sable et, surtout, faire de la balan\u00e7oire. Se balancer, tisser des r\u00eaves, attendre et r\u00eaver encore&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Assise sur une chaise, tournant le dos et le regard \u00e0 la cour int\u00e9rieure, ne pouvant d\u00e9tacher ses yeux de la porte d\u2019entr\u00e9e, en l\u2019occurrence porte de sortie, elle \u00e9piait, elle guettait l\u2019arriv\u00e9e de son p\u00e8re avec impatience. Elle se faisait une f\u00eate de ces quelques heures en sa compagnie&nbsp;; c\u2019est vrai qu\u2019elle le voyait et le rencontrait peu.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle savait bien qu\u2019il ne pourrait venir qu\u2019apr\u00e8s sa journ\u00e9e de travail, mais tout de m\u00eame, elle trouvait le temps long. Elle s\u2019est souvent ennuy\u00e9 dans son enfance. Les journ\u00e9es \u00e0 attendre, quand on est en quelque sorte un objet encombrant, comme un bibelot d\u00e9mod\u00e9 qui ne vous rappelle plus aucun souvenir sentimental, sont longues, tr\u00e8s longues, trop longues, comme des jours sans pain. La chatte elle-m\u00eame tournait autour de la chaise, faisait le \u00ab&nbsp;gros dos&nbsp;\u00bb et venait se frotter contre les jambes de l\u2019enfant. Pauvre b\u00eate, elle ne ronronnait pas, elle g\u00e9missait, se plaignait&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Pour elles deux, cette journ\u00e9e fut interminable. Pourtant le p\u00e8re n\u2019avait pas oubli\u00e9 sa promesse, et il vint&nbsp;; mais il arriva \u00e0 une heure avanc\u00e9e, fort tardive. Quand enfin la fillette aper\u00e7ut la cime des arbres, puis l\u2019entr\u00e9e de la P<a><\/a>\u00e9pini\u00e8re, ce grand parc, au c\u0153ur de Nancy, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 tr\u00e8s vite la superbe place Stanislas, ses souliers effleurant les pav\u00e9s, tant elle se h\u00e2tait, la grande porte noire aux grilles en fer forg\u00e9 \u00e9tait ferm\u00e9e, cha\u00eenes et cadenas solidement enlac\u00e9s. Le \u00ab&nbsp;Guignol&nbsp;\u00bb avait baissait son petit rideau de tissu pliss\u00e9 rouge&nbsp;; la marchande de gaufres venait d\u2019\u00e9teindre son feu et les vendeurs de confiseries avaient ferm\u00e9 boutique. Ils n\u2019avaient plus rien \u00e0 offrir, ni les sucres d\u2019orges color\u00e9s au go\u00fbt miell\u00e9, ni les grosses pommes d\u2019api d\u2019un rouge \u00e9clatant, qui glissaient si agr\u00e9ablement sur la langue, ni les bergamotes, ces bonbons d\u00e9licieusement parfum\u00e9s, translucides comme le cristal, pr\u00e9sent\u00e9s dans des bo\u00eetes m\u00e9talliques, couleur de l\u2019orange, la Place Stanislas dessin\u00e9es sur le couvercle et que l\u2019on retrouvait dans les vitrines de tous les magasins de la ville. Il n\u2019y avait plus rien, pas la moindre petite friandise\u2026 On ne pouvait m\u00eame plus respirer les effluves sucr\u00e9s des \u00ab&nbsp;barbes \u00e0 papa&nbsp;\u00bb qui piquent la gorge et chatouillent les narines. Rien, il n\u2019y avait plus rien&nbsp;; rien qui aurait pu adoucir ces quelques minutes et aurait fait oublier son esp\u00e9rance tromp\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>P\u00e8re et fille s\u2019assirent sur un banc de pierre, devant le portail clos. Cl\u00e9mence regarda tristement les grilles verrouill\u00e9es. Quel jour de malchance&nbsp;! Elle \u00e9tait d\u00e9\u00e7ue, son p\u00e8re aussi, certainement plus qu\u2019elle. Il parla d\u2019un train arriv\u00e9 en retard, d\u2019un tramway qu\u2019il avait manqu\u00e9, d\u2019un travail suppl\u00e9mentaire qu\u2019il n\u2019avait pas pr\u00e9vu, puis il parla d\u2019une prochaine fois.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Monique Archen, <em>La figure sur le masque<\/em>, les \u00e9ditions Pers\u00e9e, 2008<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Iconographie : Licence Creative Commons<\/p>\n\n\n\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"100%\" height=\"300px\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"\" src=\"\/\/umap.openstreetmap.fr\/fr\/map\/sur-les-pas-des-ecrivains-en-lorraine_50581?scaleControl=false&amp;miniMap=false&amp;scrollWheelZoom=true&amp;zoomControl=true&amp;allowEdit=false&amp;moreControl=false&amp;searchControl=null&amp;tilelayersControl=null&amp;embedControl=null&amp;datalayersControl=true&amp;onLoadPanel=undefined&amp;captionBar=false#19\/48.69836\/6.18274\"><\/iframe>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lieux \u00e9voqu\u00e9s : Parc de la P\u00e9pini\u00e8re, Place Stanislas \u00ab&nbsp;La petite avait entendu parler de \u00ab&nbsp;La P\u00e9pini\u00e8re&nbsp;\u00bb. 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