{"id":4535,"date":"2026-09-03T12:11:07","date_gmt":"2026-09-03T12:11:07","guid":{"rendered":"https:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/?p=4535"},"modified":"2026-09-03T12:11:08","modified_gmt":"2026-09-03T12:11:08","slug":"on-rafle-a-nancy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/?p=4535","title":{"rendered":"On rafle \u00e0 Nancy !"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Marek-Halter_La-force-du-bien-OK.wav\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Lieu \u00e9voqu\u00e9 : Nancy<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un juste<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Charles Bouy n\u2019est plus tr\u00e8s jeune. Ce policier \u00e0 la m\u00e8che rebelle et au regard malicieux a d\u00e9pass\u00e9 les quatre-vingt-dix ans. Calant souvent sa joue sur son poing en parlant, il se livre \u00e0 une \u00e9vocation sans \u00e9quivoque de ses sentiments de l\u2019\u00e9poque&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je n\u2019ai jamais pu accepter les nazis\u2026 Jamais\u2026 Mon grand-p\u00e8re a fait la guerre de 1870. Il a \u00e9t\u00e9 sur le front\u2026 Je n\u2019ai jamais aim\u00e9 la guerre. Alors, ce jour-l\u00e0, le 17 juillet 1942, le t\u00e9l\u00e9phone sonne au commissariat. Quelqu\u2019un demande l\u2019inspecteur Marie. Je dis \u00e0 Pierre, qui \u00e9tait \u00e0 c\u00f4t\u00e9, dans son bureau&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est pour toi.&nbsp;\u00bb Il s\u2019agissait d\u2019un ami, un policier parisien, qui parlait d\u2019une rafle terrible contre les Juifs \u00e0 Paris, et qui annon\u00e7ait pour tr\u00e8s bient\u00f4t une autre rafle \u00e0 Nancy. Alors Pierre nous rassemble&nbsp;: \u00ab&nbsp;La situation est grave, dit-il. \u00c0 Paris, on rafle les Juifs. On rafle, on rafle&#8230;&nbsp;\u00bb Et il nous explique ce que son ami lui a r\u00e9v\u00e9l\u00e9&nbsp;: qu\u2019\u00e0 Paris on emmenait ces Juifs dans un v\u00e9lodrome avant de les envoyer \u00e0 l\u2019Est, dans des camps de concentration\u2026 Nous nous sommes aussit\u00f4t r\u00e9parti les quartiers de Nancy, les quatre arrondissements, pour pr\u00e9venir les Juifs de chez nous et leur dire de s\u2019en aller. Parce que d\u2019ici \u00e0 quelques jours ils risquaient d\u2019\u00eatre eux aussi embarqu\u00e9s par les Allemands. On leur disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Planquez-vous chez des amis, vite&nbsp;! \u00bb Ce qu\u2019ils ont fait \u2013 mais une trentaine environ ne nous ont pas crus, ils disaient&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce n\u2019est rien, monsieur Bouy, ils veulent seulement nous envoyer en Allemagne pour travailler&#8230;&nbsp;\u00bb [&#8230;]<\/p>\n\n\n\n<p>Charles Bouy, [\u2026] loge avec sa fille et ses petits-enfants dans la maison qu\u2019il habitait d\u00e9j\u00e0 pendant la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Comment vous y preniez-vous pour fabriquer les faux-papiers&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Nous les faisions ici m\u00eame avec \u00c9douard\u2026 \u00c9douard Vigneron, l\u2019un de nos bons amis du Service des \u00e9trangers. C\u2019\u00e9tait le soir, \u00e0 la bougie, quand les enfants \u00e9taient couch\u00e9s \u2013 il ne fallait pas qu\u2019ils sachent.&nbsp; On terminait vers minuit. Quand il \u00e9tait trop tard, je lui disais de rester dormir ici. Bien-s\u00fbr, en tant que policier, il avait un laissez-passer, mais il pouvait rencontrer des Allemands et, avec les fausses cartes en poche, il risquait gros. Nous faisions nos sept ou huit cartes \u00e0 la lueur d\u2019une bougie, oui, pour ne pas \u00eatre rep\u00e9r\u00e9s\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous preniez de vraies cartes sur lesquelles vous inscriviez de faux noms et de vraies photos&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui. J\u2019avais fauch\u00e9 un tampon au commissariat. Un jour, je suis arriv\u00e9 vers midi&nbsp;: deux hommes manquaient et le planton voulait casser la cro\u00fbte\u2026 Je lui ai dit d\u2019y aller. Il n\u2019y avait donc personne \u2013 mais, sur le bureau du commissaire, deux cachets\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je les ai pris et je suis retourn\u00e9 chez moi. Je ne voulais pas les conserver dans ma poche. Le lendemain, le commissaire a rousp\u00e9t\u00e9&nbsp;; il y a eu une enqu\u00eate sans r\u00e9sultat\u2026 [&nbsp;\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; N\u2019avez-vous pas eu peur&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oh si, une fois&nbsp;: quand ils ont arr\u00eat\u00e9 \u00c9douard Vigneron. Il faut dire que les Allemands \u00e9taient furieux que la rafle de Nancy n\u2019ait rien donn\u00e9&nbsp;! Pour sa d\u00e9fense, \u00c9douard Vigneron a fait remarquer qu\u2019avec toute la publicit\u00e9 donn\u00e9e deux jours plus t\u00f4t \u00e0 la rafle de Paris il \u00e9tait clair que les Juifs de Nancy avaient d\u00fb se m\u00e9fier et d\u00e9guerpir. Faute de preuves contre lui, les Allemands ont fini par le rel\u00e2cher. Pour les fausses cartes d\u2019identit\u00e9, j\u2019avais une cache&nbsp;: le clapier, derri\u00e8re les lapins&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je cachais les papiers ici, le soir, entre onze heures et minuit, quand nous avions termin\u00e9&nbsp;\u00bb dit-il avec malice et bonhommie.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Marek Halter, <em>La force du Bien, <\/em>\u00e9ditions Robert Laffont, 1995<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><sup><strong>Iconographie : wikipedia<\/strong><\/sup><\/p>\n\n\n\n<iframe style=\"width: 100%; height: 300px; border: 0;\" allowfullscreen allow=\"geolocation\" src=\"\/\/umap.openstreetmap.fr\/fr\/map\/sur-les-pas-des-ecrivains-en-lorraine_50581?scaleControl=false&#038;miniMapControl=false&#038;scrollWheelZoom=true&#038;zoomControl=null&#038;editMode=disabled&#038;moreControl=false&#038;searchControl=null&#038;tilelayersControl=null&#038;embedControl=null&#038;datalayersControl=null&#038;onLoadPanel=none&#038;captionBar=false&#038;captionMenus=false&#038;homeControl=false&#038;captionControl=null&#038;fullscreenControl=true#19\/48.698190\/6.180687\"><\/iframe>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lieu \u00e9voqu\u00e9 : Nancy Un juste \u00ab\u00a0Charles Bouy n\u2019est plus tr\u00e8s jeune. 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