{"id":4227,"date":"2023-03-30T15:26:58","date_gmt":"2023-03-30T15:26:58","guid":{"rendered":"https:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/?p=4227"},"modified":"2026-04-01T15:33:01","modified_gmt":"2026-04-01T15:33:01","slug":"un-militaire-seduisant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/?p=4227","title":{"rendered":"Un militaire s\u00e9duisant"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/JMi-Emile-Moselly-Terres-lointaines-retravaille-.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Lieux \u00e9voqu\u00e9s :  Parc de la P\u00e9pini\u00e8re, canal <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Le service militaire aussi l&rsquo;avait perverti, l&rsquo;initiant \u00e0 une mollesse d&rsquo;existence, qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas connue auparavant. On \u00e9tait bien nourri et on ne travaillait pas. C&rsquo;est un dicton des paysans dont la vie est si dure qu&rsquo;on devient \u00ab\u00a0feignants\u00a0\u00bb \u00e0 faire des m\u00e9tiers pareils. Et le s\u00e9jour dans une grande ville de l&rsquo;Est lui avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le go\u00fbt des distractions, les habitudes d&rsquo;oisivet\u00e9, les stations dans les caf\u00e9s, toute une vie molle dont la nostalgie lui gonflait le c\u0153ur. <\/p>\n\n\n\n<p>Ses succ\u00e8s aupr\u00e8s des femmes ne se comptaient plus. Elles tournaient autour de lui, affol\u00e9es par sa mine robuste, par ses airs farauds et conqu\u00e9rants. Les besognes p\u00e9nibles de la terre n\u2019ayant pas d\u00e9form\u00e9 son corps, parmi tous les paysans d\u00e9jet\u00e9s, noueux, pareils \u00e0 des souches, il avait l\u2019air d\u2019un monsieur de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait eu une liaison qui avait dur\u00e9 deux ans, pendant son service militaire \u00e0 Nancy, avec une fille de brasserie, une blonde un peu fan\u00e9e, aux yeux tristes, qui versait \u00e0 boire aux clients dans un caf\u00e9 voisin de la P\u00e9pini\u00e8re. Elle s\u2019\u00e9tait jet\u00e9e \u00e0 sa t\u00eate, s\u00e9duite par sa prestance, heureuse dans son isolement de retrouver un camarade pour parler du pays. La rivi\u00e8re s\u00e9parait leurs villages&nbsp;! Les dimanches, ils allaient se promener le long du canal, hant\u00e9s par la m\u00e9lancolie que les eaux semblaient charrier, alourdies par le reflet des ormes touffus, entre les rang\u00e9es de roseaux bruissants. Ils s\u2019entretenaient des choses des champs, de l\u2019\u00e9tat des r\u00e9coltes, du prix des vins de la derni\u00e8re cuv\u00e9e. Ils s\u2019aimaient, retrouvant des souvenirs d\u2019enfance qui leur \u00e9taient communs, se comprenant, parce qu\u2019ils avaient des mots, des fa\u00e7ons de parler identiques, jet\u00e9s aux bras l\u2019un de l\u2019autre par cette sensation d\u2019isolement, qui les effarait au fond d\u2019une grande ville. La fille, que sa profession mettait au courant de ces d\u00e9tails, initiait le soldat aux raffinements de la toilette, au luxe \u00e0 bon march\u00e9 des odeurs de bazar.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Emile Moselly, <em>Terres lointaines<\/em>, Les \u00e9ditions de l\u2019imprimerie nationale de Monaco, 1950, p. 29.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><sup>Iconographie : L. Dupeyron<\/sup><\/strong><\/p>\n\n\n\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"100%\" height=\"300px\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"\" src=\"\/\/umap.openstreetmap.fr\/fr\/map\/sur-les-pas-des-ecrivains-en-lorraine_50581?scaleControl=false&amp;miniMap=false&amp;scrollWheelZoom=true&amp;zoomControl=null&amp;allowEdit=false&amp;moreControl=false&amp;searchControl=null&amp;tilelayersControl=null&amp;embedControl=null&amp;datalayersControl=null&amp;onLoadPanel=undefined&amp;captionBar=false&amp;fullscreenControl=true#16\/48.6826\/6.2024\"><\/iframe>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lieux \u00e9voqu\u00e9s : Parc de la P\u00e9pini\u00e8re, canal \u00ab Le service militaire aussi l&rsquo;avait perverti, l&rsquo;initiant \u00e0 une mollesse d&rsquo;existence, qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas connue auparavant. On \u00e9tait bien nourri et on ne travaillait pas. 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