{"id":2797,"date":"2022-12-01T14:53:36","date_gmt":"2022-12-01T14:53:36","guid":{"rendered":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/?p=2797"},"modified":"2026-04-02T07:47:46","modified_gmt":"2026-04-02T07:47:46","slug":"coupable-de-rien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/?p=2797","title":{"rendered":"Coupable de rien"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Cest-ainsi-que-les-hommes-vivent-p49-50-Pierre-PELOT.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Lieux \u00e9voqu\u00e9s : Dieuse, Moyenvic<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Si elle ne pouvait les voir, elle entendit au-del\u00e0 des battements de son c\u0153ur, les hommes entrer dans la maison. Entendit la porte violemment battue contre le mur dans un grincement hoquetant de ses gonds et comme jaillies d\u2019une retenue crev\u00e9e brutalement les voix d\u00e9vers\u00e9es des hommes, des voix \u00e9trang\u00e8res qui s\u2019entrem\u00ealaient, au moins trois distinctes se chevauchant et jetant dans la pi\u00e8ce des mots dissemblables lac\u00e9r\u00e9s par une profusion d\u2019autres bruits en cascade, ce qu\u2019elle prit pour des frappements de b\u00e2tons ou de cannes sur le sol, et des heurts sourds, celui sans doute d\u2019un des deux bancs bascul\u00e9 \u00e0 terre, et le froissement des \u00e9toffes autour des gestes rudes et celui du cuir des bottes et les semelles sur les galets plats du pavement, des cliquetis de m\u00e9tal et de boucles et dehors les ronfl\u00e9es \u00e9nerv\u00e9es en rafales des montures tenues \u00e0 la bride et leurs sabots martelant la neige, tout ce boulevari avant que s\u2019\u00e9l\u00e8ve enfin, seulement, la voix de la femme qui demandait qui ils \u00e9taient, ce qu\u2019ils lui voulaient, et disait que Mattis n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0 mais retenu \u00e0 cause de la neige sur le chemin de Dieuze ou de Moyenvic avec un convoi de charrettes de sel et qu\u2019elle l\u2019attendait et qu\u2019elle \u00e9tait seule dans la maison depuis quatre jours maintenant. Une voix dit que c\u2019\u00e9tait apr\u00e8s elle qu\u2019ils en avaient. Elle dit Pourquoi&nbsp;? Elle dit Pourquoi apr\u00e8s moi et qui vous \u00eates&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le visage \u00e9cras\u00e9 contre les rondins du bo\u00e2chot Colinette vit par les interstices se tordre dans l\u2019\u00e2tre les flammes aviv\u00e9es dans le courant d\u2019air et des \u00e9tincelles mont\u00e8rent vers elle dans une bouff\u00e9e \u00e9paisse de fum\u00e9e. Elle ferma les yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>La voix dit qu\u2019ils \u00e9taient du pr\u00e9v\u00f4t d\u2019Arches, le substitut du pr\u00e9v\u00f4t agissant au nom de la haute justice de Son Altesse, et une autre voix qu\u2019il \u00e9tait le mayeur de Remiremont, autorisant en sa qualit\u00e9 d\u2019officier de justice du chapitre le repr\u00e9sentant du pr\u00e9v\u00f4t \u00e0 ordonner et rendre haute justice en les murs de la ville o\u00f9 la femme Clardot (C\u2019est bien toi&nbsp;? dit-il) sera enferm\u00e9e. C\u2019est bien toi&nbsp;? pressa une autre voix, la premi\u00e8re entendue. Elle dit que non, pas Clardot, et la voix rectifia, Colardot, alors elle dit que oui, c\u2019\u00e9tait elle. Elle dit qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait coupable de rien, que tout cela recommen\u00e7ait comme avant et que ce n\u2019\u00e9tait l\u00e0 que des menteries honteuses, que ceux et celles qui prof\u00e9raient ces menteries en seraient punis un jour, et quelqu\u2019un, un des hommes, dit \u00ab&nbsp;Ne menace pas, femme Colardot, suis-nous, prends un manteau et suis-nous&nbsp;\u00bb&nbsp;; elle dit \u00ab&nbsp;j\u2019ai pas de manteau&nbsp;!&nbsp;\u00bb et elle dit \u00ab&nbsp;Ceux qui mentent de la sorte br\u00fbleront \u00e9ternellement pour leurs menteries apr\u00e8s leur mort, tu entends, Demange Desmont&nbsp;?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pierre Pelot, <em>C\u2019est ainsi que les hommes vivent, <\/em>Editions Deno\u00ebl<em>, <\/em>2003, p. 49-50.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><sup><strong>Iconographie : L. Dupeyron<\/strong><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p><strong><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre_Pelot\" target=\"_blank\">En savoir plus sur l&rsquo;auteur<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"100%\" height=\"300px\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"\" src=\"\/\/umap.openstreetmap.fr\/fr\/map\/sur-les-pas-des-ecrivains-en-lorraine_50581?scaleControl=false&amp;miniMap=false&amp;scrollWheelZoom=false&amp;zoomControl=null&amp;allowEdit=false&amp;moreControl=false&amp;searchControl=null&amp;tilelayersControl=null&amp;embedControl=null&amp;datalayersControl=true&amp;onLoadPanel=undefined&amp;captionBar=false&amp;fullscreenControl=true#15\/48.7784\/6.5637\"><\/iframe>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lieux \u00e9voqu\u00e9s : Dieuse, Moyenvic \u00ab\u00a0Si elle ne pouvait les voir, elle entendit au-del\u00e0 des battements de son c\u0153ur, les hommes entrer dans la maison. 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