{"id":1641,"date":"2020-11-27T11:49:22","date_gmt":"2020-11-27T11:49:22","guid":{"rendered":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/?p=1641"},"modified":"2026-07-16T08:43:06","modified_gmt":"2026-07-16T08:43:06","slug":"solitude-rue-des-marechaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/?p=1641","title":{"rendered":"Solitude rue des Mar\u00e9chaux"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Dormann-livre-de-poche-2015.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lieu \u00e9voqu\u00e9 :<\/strong> <strong>rue des Mar\u00e9chaux, Nancy<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Plus les jours passent, plus Sophie se renferme et s\u2019aigrit. Sa solitude, rue des Mar\u00e9chaux, lui p\u00e8se. Si elle se sent plus en confiance avec les autres belles-s\u0153urs, Anne, Julie ou Victoire qu\u2019avec Goton, la causerie, avec ces trois simplettes, ne d\u00e9passe gu\u00e8re le sujet de la couleur d\u2019un jupon ou de l\u2019herbe d\u2019un rago\u00fbt. Quant \u00e0 la conversation avec Abel, elle se limite, pour l\u2019instant, \u00e0 un \u00e9change de tendres borborygmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les nouvelles qu\u2019elle re\u00e7oit de L\u00e9opold ne sont pas tr\u00e8s exaltantes. Il s\u2019est pris de querelle, une fois de plus, avec un certain Cathol et, une fois de plus, il se croit pers\u00e9cut\u00e9. D\u00e9courag\u00e9, il se demande m\u00eame s\u2019il ne devrait pas quitter l\u2019arm\u00e9e. Il a \u00e9crit \u00e0 La Horie qui se trouve \u00e0 Milan pour essayer d\u2019\u00eatre envoy\u00e9 aupr\u00e8s de lui et de Moreau. Il a fait la m\u00eame requ\u00eate, \u00e0 Paris, au ministre. Mais ni l\u2019un ni l\u2019autre ne lui ont r\u00e9pondu.<\/p>\n\n\n\n<p>Les lettres de L\u00e9opold parviennent \u00e0 Sophie sous la souscription&nbsp;: <em>Citoyenne Hugo, la jeune, chez sa m\u00e8re, 81 rue des Mar\u00e9chaux, Ville vieille, Nancy<\/em>. Elle monte les lire dans sa chambre, frustrant ainsi \u00e0 plaisir la curiosit\u00e9 des femelles Hugo, qui auraient aim\u00e9, c\u2019est s\u00fbr, quelle en f\u00eet la lecture \u00e0 voix haute. Mais Sophie se contente de r\u00e9pondre laconiquement \u00e0 leurs questions, au sujet de L\u00e9opold.<\/p>\n\n\n\n<p>De temps \u00e0 autre, elle s\u2019oblige, elle qui a horreur d\u2019\u00e9crire, \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 son mari. De courtes lettres qu\u2019elle adresse <em>\u00ab&nbsp;\u00e0 Worms, arm\u00e9e du Danube&nbsp;\u00bb<\/em>. Elle lui raconte qu\u2019Abel, \u00e0 pr\u00e9sent, dit nettement <em>papa<\/em> et <em>maman<\/em>. Elle lui dit aussi son ennui de vivre \u00e0 Nancy et qu\u2019elle a h\u00e2te de le voir revenir pr\u00e8s d\u2019elle. Elle est sinc\u00e8re car elle pr\u00e9f\u00e8re encore la compagnie de L\u00e9opold \u00e0 celle de sa famille.<\/p>\n\n\n\n<p>En ao\u00fbt, enfin, L\u00e9opold d\u00e9barque \u00e0 Nancy, avec son bataillon. D\u00e9tach\u00e9 \u00e0 nouveau de son corps, il s\u2019installe rue des Mar\u00e9chaux o\u00f9 il constate avec tristesse la m\u00e9sentente qui r\u00e8gne entre sa femme et celles de sa famille. \u00c9videmment, chacune le prend \u00e0 t\u00e9moin, essaie de le mettre dans son camp, mais L\u00e9opold qui, comme beaucoup d\u2019hommes, est plus courageux face \u00e0 l\u2019ennemi qu\u2019au milieu de femmes en col\u00e8re, se d\u00e9file comme il peut, essayant de donner raison \u00e0 tout le monde sans donner tort \u00e0 personne. Ce qui exasp\u00e8re Sophie qui le traite de couard.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour calmer sa petite femme ador\u00e9e, L\u00e9opold l\u2019emm\u00e8ne en promenade dans la campagne, autour de Nancy. Mais, devant le plus joli paysage, Sophie, avec une mauvaise foi qui n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 elle, fait la grimace et compare tout ce qu\u2019elle voit avec sa Bretagne bien-aim\u00e9e. Au b\u00e9n\u00e9fice de celle-ci, \u00e9videmment. \u00c0 l\u2019entendre, la plus belle for\u00eat vosgienne n\u2019est rien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ses bois de Juign\u00e9 ou de Vioreau et cette Meuse rapide et tortueuse que L\u00e9opold veut lui faire admirer a moins de charme, pour elle, que la Ch\u00e8re mar\u00e9cageuse et dormante qui baigne les remparts de Ch\u00e2teaubriant.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Genevi\u00e8ve Dormann, <em>Le roman de Sophie Tr\u00e9buchet, <\/em>Livre de poche, 2015, pp. 152-153.<\/strong><br><strong><sub>Iconographie : Dadu Jones<\/sub><\/strong><br><strong><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Genevi%C3%A8ve_Dormann\" target=\"_blank\">En savoir plus sur l&rsquo;auteur<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<iframe loading=\"lazy\" allowfullscreen=\"\" src=\"\/\/umap.openstreetmap.fr\/fr\/map\/sur-les-pas-des-ecrivains-en-lorraine_50581?scaleControl=false&amp;miniMap=false&amp;scrollWheelZoom=true&amp;zoomControl=null&amp;allowEdit=false&amp;moreControl=false&amp;searchControl=null&amp;tilelayersControl=null&amp;embedControl=null&amp;datalayersControl=null&amp;onLoadPanel=undefined&amp;captionBar=false&amp;fullscreenControl=true#18\/48.69435\/6.18110\" width=\"100%\" height=\"300px\" frameborder=\"0\"><\/iframe>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lieu \u00e9voqu\u00e9 : rue des Mar\u00e9chaux, Nancy. \u00ab\u00a0Plus les jours passent, plus Sophie se renferme et s\u2019aigrit. 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