{"id":1570,"date":"2020-11-25T10:32:48","date_gmt":"2020-11-25T10:32:48","guid":{"rendered":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/?p=1570"},"modified":"2026-04-02T13:57:21","modified_gmt":"2026-04-02T13:57:21","slug":"la-vallee-des-anges","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/?p=1570","title":{"rendered":"La vall\u00e9e des anges"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"http:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Carole-Bisenius-Penin-La-vall\u00e9e-des-anges-ok.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lieux \u00e9voqu\u00e9s : Vall\u00e9e de la Fensch, vall\u00e9e de l&rsquo;Orne, Moselle<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Il fut submerg\u00e9 par le vert et le mouvement de l\u2019eau. Le train qui les amenait sillonnait de longues \u00e9tendues vert fonc\u00e9 presque noires de for\u00eats qui les plongeaient dans l\u2019obscurit\u00e9. Puis, sous un ciel pommel\u00e9 des cours d\u2019eau serpentaient \u00e0 travers d\u2019immenses plaines d\u2019une coloration plus ou moins prononc\u00e9e, vert amande, vert olive, vert pistache, vert bouteille, vert d\u2019eau. Sa conscience glissait sur cette tonalit\u00e9 synonyme d\u2019abondance, d\u2019opulence qui manquait tant \u00e0 son pays. Il fixait cette couleur jusqu\u2019\u00e0 s\u2019y noyer. Enfin le train s\u2019immobilisa. On les emmena par camion sur leur lieu de travail dans la vall\u00e9e de la Fensch, de l\u2019Orne, dans la vall\u00e9e des ange(s) qui dispersait sa poussi\u00e8re d\u2019\u00e9toiles sur l\u2019immensit\u00e9 des cit\u00e9s cr\u00e9\u00e9es&nbsp;: Rosselange, Marange, Nilvange, Knutange, Florange, Uckange, Gu\u00e9nange, Mondelange, Hagondange, Talange\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Au coeur de la vall\u00e9e s\u2019\u00e9tendaient des structures m\u00e9talliques imposantes travers\u00e9es par des rails. De la terre rouge sortaient des tuyaux, des hauts fourneaux arm\u00e9s de frettes d\u2019acier ayant la forme de deux troncs d\u2019arbre argent\u00e9s qui s\u2019\u00e9levaient vers le ciel en laissant \u00e9chapper par d\u2019\u00e9normes cylindres prolong\u00e9s par le hall de coul\u00e9e, des bruits sourds et une fum\u00e9e gris\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout un enchev\u00eatrement de voies menait \u00e0 la terre, aux terrils ou aux autres d\u00e9blais o\u00f9 s\u2019entassaient crassette, bilette, minette, m\u00e9taux \u00e0 transformer. Au bout de l\u2019usine, pr\u00e8s d\u2019un entrep\u00f4t \u00e0 t\u00f4le ondul\u00e9e, le long de la porte \u00ab&nbsp;Moselle&nbsp;\u00bb on leur montra l\u2019endroit o\u00f9 ils allaient dormir, un baraquement, des constructions provisoires en planches et en briques qui leur serviraient d\u2019abri durant quelque temps. Pour beaucoup des fr\u00e8res d\u2019Hassan, ce fut la chute. Le froid, l\u2019odeur \u00e2cre qui br\u00fblait la gorge, les grincements m\u00e9talliques incessants, le ciel bas et gris qui les recouvrait, les plongeait dans une obscurit\u00e9 laborieuse et terrifiante. Les ouvriers furent ensuite conduits devant le \u00ab&nbsp;le chef&nbsp;\u00bb qui leur expliqua les r\u00e8gles au sein de l\u2019usine.<\/p>\n\n\n\n<p>On les compta, puis on les dispersa comme un troupeau. Hassan se rendit avec deux hommes de Taliouine, au laminoir comme il allait le faire pendant trente ans chaque jour. Il se levait t\u00f4t, \u00e0 six heures du matin, souvent il faisait encore nuit, il enfilait son bleu de travail et r\u00e9veillait ceux qui l\u2019accompagnaient.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019usine, tous les ouvriers se saluaient. Alg\u00e9riens, Marocains, Polonais, Italiens, Yougoslaves ou Roumains soud\u00e9s par la sueur commune, la difficult\u00e9 des t\u00e2ches \u00e0 r\u00e9aliser pendant la journ\u00e9e. Hassan en tant qu\u2019O.S. du laminoir passait son temps \u00e0 charger les blooms ou les largets dans des wagons. \u00c0 cinq ou six ils portaient ces barres encore br\u00fblantes destin\u00e9es \u00e0 \u00eatre achemin\u00e9es sur rails jusqu\u2019au parach\u00e8vement. Les hommes prenaient \u00e0 la mains les barres, puis montaient la pente et jetaient les largets dans les wagons, en r\u00e9p\u00e9tant durant huit heures les m\u00eames gestes.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Carole Bisenius-Penin, <em>La vall\u00e9e des ange(s)<\/em>, \u00c9ditions Serpenoise, 2011, pp. 39-40<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p><sup><strong>Iconographie : Dadu Jones<\/strong><\/sup><\/p>\n\n\n\n<iframe loading=\"lazy\" allowfullscreen=\"\" src=\"\/\/umap.openstreetmap.fr\/fr\/map\/sur-les-pas-des-ecrivains-en-lorraine_50581?scaleControl=false&amp;miniMap=false&amp;scrollWheelZoom=true&amp;zoomControl=null&amp;allowEdit=false&amp;moreControl=false&amp;searchControl=null&amp;tilelayersControl=null&amp;embedControl=null&amp;datalayersControl=null&amp;onLoadPanel=undefined&amp;captionBar=false&amp;fullscreenControl=true#15\/49.3213\/6.0893\" width=\"100%\" height=\"300px\" frameborder=\"0\"><\/iframe>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lieux \u00e9voqu\u00e9s : Vall\u00e9e de la Fensch, vall\u00e9e de l&rsquo;Orne, Moselle. \u00ab\u00a0Il fut submerg\u00e9 par le vert et le mouvement de l\u2019eau. 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