{"id":1404,"date":"2020-11-06T09:47:37","date_gmt":"2020-11-06T09:47:37","guid":{"rendered":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/?p=1404"},"modified":"2026-04-02T15:02:04","modified_gmt":"2026-04-02T15:02:04","slug":"fete-foraine-et-rupture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/?p=1404","title":{"rendered":"F\u00eate foraine et rupture"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"http:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/charlelie-7.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lieux \u00e9voqu\u00e9s : Gare, Rue Isabey,  Nancy.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Il y avait dans l\u2019habitacle le parfum de ton style intelligent et maladroit. J\u2019aimais tes intonations sans mani\u00e8re, tes traits d\u2019humour d\u00e9sinvoltes et une certaine \u00e9paisseur qu\u2019on ne trouve qu\u2019en province. Tu conduisais une mini Cooper, ma main sur ta cuisse. On aurait pu s\u2019aimer en sursaut.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9nom tatou\u00e9 sous l\u2019\u00e9lastique de ton slip, j\u2019ai p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 ton corps volcanique comme un atome. Salve de plaisir. On d\u00e9couvrait ensemble quelque chose qui ressemblait \u00e0 ce qu\u2019on dit du bonheur. Jouer \u00e0 s\u2019\u00e9pouser. Pourquoi se marier&nbsp;? Pour se marrer, tu parles. On disait que la vie est une histoire de confiance. Alors, \u00e0 quoi bon se marier? Nous, on se faisait confiance.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres jeunes couples comme nous, tournaient en rond, la fleur au fusil. Ta jupe au vent flottait sur l\u2019\u00e9chine d\u2019animaux en bois peints aux couleurs satur\u00e9es fa\u00e7ons LSD dans les airs d\u2019Orph\u00e9on d\u2019un carrousel \u00e0 l\u2019ancienne. On a tir\u00e9 des plombs dans des ballons en mouvement, on a dessin\u00e9 des huit sur la piste du karting.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a a dur\u00e9 quelques temps, on croyait que \u00e7a durerait toujours. On ne cherchait surtout pas \u00e0 comprendre le sens du mot \u00ab&nbsp;toujours&nbsp;\u00bb qui ne voulait rien dire.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, comme pr\u00e9vu, les choses ont \u00e9volu\u00e9. Apr\u00e8s la foire tout a foir\u00e9. Nos r\u00e9pliques se sont farcies d\u2019ennui. Et petit \u00e0 petit, tu as quitt\u00e9 le cercle d\u2019attraction de mon royaume d\u2019insouciance. Un soir m\u00eame, ne m\u2019as tu pas fait une d\u00e9claration d\u2019ind\u00e9pendance&nbsp;? Je ne voulais pas entendre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>On ne s\u2019appartenait pas l\u2019un \u00e0 l\u2019autre&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Alors tu m\u2019as dit qu\u2019il n\u2019\u00e9tait qu\u2019un ami, mais j\u2019ai bien senti que tu ne voulais plus tout LUI dire devant moi, genre&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019te rappellerai plus tard&#8230;&nbsp;\u00bb Remarque, je n\u2019\u00e9tais pas un soldat de glace, moi non plus, je n\u2019avais pas tout dit\u2026 Mais mon c\u0153ur s\u2019est us\u00e9 force de propulser dans mes art\u00e8res un sang trop \u00e9pais.<\/p>\n\n\n\n<p>Les adultes louvoient, ils \u00e9vitent les confrontations, nous \u00e9tions jeunes, et j\u2019\u00e9tais jaloux.<\/p>\n\n\n\n<p>Champagne dans des fl\u00fbtes en cristal, tes amants \u00e9taient-ils seulement ceux d\u2019une seule nuit dans un couloir de rencontres h\u00e2tives&nbsp;? J\u2019entendais le bouillonnement des id\u00e9es noires, comme des c\u00e9r\u00e9ales malt\u00e9es dans le tonneau de mon cerveau en acacia. Comment pouvais-tu me faire \u00e7a&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Tomb\u00e9 de l\u2019arbre. D\u00e9sespoir. Le lit vide. Les draps froids. L\u2019ennui, profond comme un puits. Livide, les yeux ouverts. Le regard hagard, je mate le plafond. Mes r\u00eaves un peu verts. Je masturbe les mots pour faire jouir ton souvenir qui serpente le long des courbes d\u2019une longue nuit opaque.<\/p>\n\n\n\n<p>Se relever, traverser la place en hiver pour aller \u00e0 la gare. Je voulais te faire une surprise. J\u2019attendais sur le quai. Il faisait froid, un froid de canard, comme on dit. Connard. Mais le train n\u2019est jamais arriv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le parking de la place centrale, j\u2019ai march\u00e9 comme une ombre. Mater la nuit en fumant derri\u00e8re une grille, attendre encore pour d\u00e9couvrir quelque chose. O\u00f9 \u00e9tais-tu&nbsp;? Te guetter, je t\u2019ai \u00e9pi\u00e9e, pieds et poings li\u00e9s. Ridicule, on peut tr\u00e8s vite se sentir aussi nul qu\u2019un \u00e9pouvantail.<\/p>\n\n\n\n<p>Tectonique dans les bars moites&nbsp;; oreilles droite bouch\u00e9es, j\u2019\u00e9coute en mono du blues dans ma bagnole. Tu n\u2019es pas ressortie.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien n\u2019a plus d\u2019importance. Vendredi, on a fait le bilan. Fin de la partie, nettoyer le plancher, tu es repartie en emportant tes affaires. Il n\u2019y aura pas de mon ADN dans les cellules de tes enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019habite d\u00e9sormais sous un ciel d\u2019horloge, au 25<sup>e<\/sup> \u00e9tage de la tour indiff\u00e9rence.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Nancy, Quai Isabey, 1977<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>CharlElie Couture,<em> La m\u00e9canique du ciel, 50 po\u00e8mes inchantables<\/em>, pp. 77-78-79, Le Castor Astral, 2019<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><sup>Iconographie : L. Dupeyron<\/sup><\/strong><br><br><strong><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Charl%C3%A9lie_Couture\" target=\"_blank\">En savoir plus sur l&rsquo;auteur<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"100%\" height=\"300px\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"\" src=\"\/\/umap.openstreetmap.fr\/fr\/map\/sur-les-pas-des-ecrivains-en-lorraine_50581?scaleControl=false&amp;miniMap=false&amp;scrollWheelZoom=false&amp;zoomControl=null&amp;allowEdit=false&amp;moreControl=false&amp;searchControl=null&amp;tilelayersControl=null&amp;embedControl=null&amp;datalayersControl=true&amp;onLoadPanel=undefined&amp;captionBar=false&amp;fullscreenControl=true#18\/48.69108\/6.17254\"><\/iframe>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lieux \u00e9voqu\u00e9s : Gare, Rue Isabey, Nancy. \u00ab\u00a0Il y avait dans l\u2019habitacle le parfum de ton style intelligent et maladroit. 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