{"id":1280,"date":"2020-06-23T13:39:45","date_gmt":"2020-06-23T13:39:45","guid":{"rendered":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/?p=1280"},"modified":"2026-04-02T15:11:02","modified_gmt":"2026-04-02T15:11:02","slug":"la-vie-la-vraie-au-faubourg-des-trois-maisons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/?p=1280","title":{"rendered":"La vie, la vraie, au Faubourg des Trois-Maisons"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"http:\/\/lalorrainedesecrivains.fr\/audio\/97.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lieu \u00e9voqu\u00e9 : Faubourg des Trois-Maisons, Nancy.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Le Faubourg des Trois-Maisons, qu\u2019on l\u2019appelle, du nom de sa principale art\u00e8re qui traverse de part en part. Pourquoi ce nom&nbsp;? On verra \u00e7a plus tard\u2026 Mais, bon, c\u2019est plut\u00f4t joli, \u00e7a fait campagnard et ce n\u2019est pas plus mal, parce que l\u00e0-bas, la campagne, il faut avoir de l\u2019imagination pour la percevoir\u2026 Une d\u00e9risoire chiure de mouche, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle cosmique, mais le centre de l\u2019univers pour la poign\u00e9e de gens qui y vit.<br>Le Faubourg des Trois-Maisons, c\u2019est comme la vie, il y a parfois un peu de lumi\u00e8re, beaucoup d\u2019ombre, trop de grisaille, et un tout petit peu de couleurs, mais \u00e7a suffit pour qu\u2019on s\u2019y accroche. Le Faubourg des Trois-Maisons, c\u2019est l\u2019enfer de l\u2019automobiliste. Cinq cents m\u00e8tres de goudron pratiquement infranchissables en une fois. C\u2019est \u00ab&nbsp;Indiana Jones et la chauss\u00e9e maudite&nbsp;\u00bb. Un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 mi-chemin entre le champ magn\u00e9tique et la r\u00e9sultante de la crasse obstination engendr\u00e9e par la b\u00eatise humaine. Une double entr\u00e9e en forme de fourche qui vomit de droite et de gauche des automobilistes furibards et haletants. Jusque-l\u00e0, rien que de tr\u00e8s normal. Mais c\u2019est \u00e0 cet endroit pr\u00e9cis que prend corps le ph\u00e9nom\u00e8ne. Mus par une force mal identifi\u00e9e, peut-\u00eatre d\u00e9coulant de la tectonique des plaques, tous ces braillards \u00e0 moteur se retrouvent \u00e0 vouloir syst\u00e9matiquement acc\u00e9der \u00e0 la voie oppos\u00e9es \u00e0 celle qui les a vus arriver. En clair, ceux qui d\u00e9boulent de la droite ont instantan\u00e9ment l\u2019irr\u00e9sistible envie de passer \u00e0 gauche, contrariant les desseins de ceux qui, venant de la gauche, ne r\u00eavent qu\u2019\u00e0 une chose, aller \u00e0 droite. Je vous jure que ce ph\u00e9nom\u00e8ne est r\u00e9el, il est d\u2019ailleurs parfaitement v\u00e9rifiable. Si vous passez par l\u00e0, prenez trois minutes pour observer, et on en reparle. Alors, du coup, \u00e7a klaxonne, \u00e7a freine, \u00e7a red\u00e9marre et \u00e7a s\u2019insulte, \u00e7a perd son temps \u00e0 s\u2019\u00e9nerver et \u00e0 \u00e9nerver l\u2019habitant du faubourg, le \u00ab&nbsp;faubourien&nbsp;\u00bb qu\u2019il s\u2019appelle, qui regarde \u00e7a en se disant qu\u2019ils feraient mieux de tous prendre le bus. Et tout ce fracas, c\u2019est \u00e7a qui donne le rythme du quartier, comme des battements de c\u0153ur, jusque tard dans la soir\u00e9e, moment o\u00f9 il s\u2019endort pour mieux recommencer le lendemain matin, avec tout de m\u00eame un peu de repos les dimanches, jours f\u00e9ri\u00e9s et p\u00e9riodes de vacances scolaires.<br><br>Et puis, bien s\u00fbr, il y a la vie, la vraie, accroch\u00e9e de part et d\u2019autre de ce tumulte goudronneux. Des boutiques \u00e0 l\u2019ancienne, mais de moins en moins, avec le patron sur le pas de la porte, toute bedaine dehors et moustache au vent pour les uns, mise en plis et chemisier brod\u00e9 pour les autres. Et \u00e7a fait des \u00ab&nbsp;Bonjour Madame Bidule&nbsp;\u00bb ou des \u00ab&nbsp;sale temps pour la saison&nbsp;\u00bb, et parfois m\u00eame des \u00ab&nbsp;prenez-en donc une livre pour go\u00fbter&nbsp;\u00bb, qui tentent de survivre non sans mal au c\u0153ur de l\u2019incessante course benhuresque des chars de m\u00e9tal. Il y a des boulangers, nombreux, qui se battent les clients \u00e0 grands coups de promotions, il y a des bistrots, moins qu\u2019avant, qui vivent au rythme des coups de bourre du matin, du midi et du soir et des coups de blues de leurs piliers de zinc entre-temps. Il y a les coiffeurs, surtout les coiffeuses d\u2019ailleurs, l\u00e9g\u00e8res et gracieuses derri\u00e8re leurs grandes vitrines, virevoltant en regardant hautainement les badauds coll\u00e9s au carreau comme des limaces d\u00e9boussol\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sylvain Sellier, <em>Faubourg des Trois-Maisons<\/em>, N\u00e9re\u00efah \u00e9ditions, p.10 et 11.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><sup>Iconographie : Dadu Jones<\/sup><\/strong><\/p>\n\n\n\n<iframe loading=\"lazy\" allowfullscreen=\"\" src=\"\/\/umap.openstreetmap.fr\/fr\/map\/la-lorraine-des-ecrivains_50581?scaleControl=false&amp;miniMap=false&amp;scrollWheelZoom=true&amp;zoomControl=null&amp;allowEdit=false&amp;moreControl=false&amp;searchControl=null&amp;tilelayersControl=null&amp;embedControl=null&amp;datalayersControl=null&amp;onLoadPanel=undefined&amp;captionBar=false&amp;fullscreenControl=true#18\/48.70111\/6.17765\" width=\"100%\" height=\"300px\" frameborder=\"0\"><\/iframe>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lieu \u00e9voqu\u00e9 : Faubourg des Trois-Maisons, Nancy. \u00ab\u00a0Le Faubourg des Trois-Maisons, qu\u2019on l\u2019appelle, du nom de sa principale art\u00e8re qui traverse de part en part. 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