Le clos des lilas

Publié par Bibliothèques de Nancy le

Lieu évoqué : Grand Nancy

« Le village de Sainte-Ségolène faisait partie de la Communauté Urbaine du Grand Nancy. Barbara en connaissait parfaitement le profil : deux ou trois vieilles fermes retapées qui formaient le bourg initial, une succession de lotissements tentaculaires où se dressaient de jolis pavillons sans âme, érigés par des familles aux revenus confortables, et un maire ultraconservateur réélu par acclamation à chaque mandat par des électeurs auxquels on promettait de ne pas construire de logements sociaux – le royaume du conformisme triomphant. Le genre d’endroit qu’elle détestait et où elle n’aurait eu en temps normal aucune raison de mettre les pieds.

À l’entrée du village, un panneau discret indiquait de tourner à droite pour prendre la direction du Clos des Lilas. Barbara s’exécuta. La route était sinueuse et épousait une forte pente. Le lotissement avait dû être bâti au sommet d’une éminence. Elle ignorait la maison où elle était supposée se rendre mais elle avait suffisamment l’expérience de ce genre de situations pour savoir que ce n’était pas un problème. Elle ne se trompait pas. Au bout du lotissement, tout au sommet de la butte le spectacle était impressionnant ; Le village entier avait déjà dû se masser, en quête de sensations fortes. La cavalerie avait déjà sonné la charge – ambulances, voitures de police, cordons de sécurité. Elle abandonna sa 307 où elle put, et prit le temps de s’imprégner du paysage avant de s’avancer. La route se terminait dans une sorte d’impasse au bout de laquelle se dressaient quatre pavillons, en une sorte d’arc de cercle imparfait. Des constructions récentes, solides, sans attrait, qui correspondaient parfaitement à ce qu’elle s’attendait à trouver dans un pareil endroit – portails électriques, perspective de piscine, salons de jardin en teck. L’un d’eux était même équipé d’une fontaine en marbre et pierre de taille.

Barbara fendit la foule des badauds sans se préoccuper des commentaires et se dirigea droit vers le gendarme en faction. Il lui décocha un coup d’oeil hostile signifiant qu’il la prenait pour une nouvelle enquiquineuse qu’il allait se faire un plaisir d’éconduire manu militari. Elle ne lui laissa pas ouvrir la bouche.

– Je suis le juge Adam. On m’attend. »

Déviances Steve Rosa, éditions Serpenoise, 2010.

Catégories :