La fameuse librairie

Publié par Bibliothèques de Nancy le

Lieu évoqué : Hall du Livre, Point Central, Nancy

« Il descend du 4 au Point Central et tourne à droite dans la rue Saint-Dizier en direction du Hall du Livre, la plus fameuse des librairies nancéiennes. D’une pression de l’épaule, il écarte la porte battante en verre. Les bruits de la circulation s’estompent, laissant place à une atmosphère tiède et ouatée. Il y flotte, omniprésente, une agréable odeur de cellulose. Sur la gauche, sont alignées des caisses enregistreuses, en nombre insuffisant selon Thomas Zins, qui peste à chaque fois qu’il doit piétiner dans la file d’attente. Le lieu est déjà très fréquenté en semaine mais, le samedi, on s’y bouscule carrément. Un renfoncement, à droite, accueille l’ « espace presse ». Plusieurs centaines de magazines et de journaux s’accumulent sur des présentoirs métalliques qui atteignent presque le plafond. Le rayon recense de manière exhaustive l’ensemble des périodiques français, embrassant des domaines aussi variés que l’aménagement de la maison, l’automobile, le jardinage, la chasse, le tricot, la mode. Les sportifs n’ont pas été oubliés. Quiconque veut contrevenir aux fameux commandement de Churchill et se blesser en pratiquant les arts martiaux, l’escrime, le football, le basket, le tennis ou le vélo, saura trouver ici les conseils adéquats. Les revues pornographiques sont enrobées de cellophane mais les autres sont librement accessibles. Les polyglottes peuvent se fournir parmi les dizaines de titres étrangers qui s’ajoutent à l’éventaire. Pléthorique, le rayon déborde sur le mur de droite de l’allée centrale, laquelle mène aux entrailles du magasin. Sous les pas de Thomas, des pavés gris, semblables à ceux qu’on trouverait dans la cour intérieure d’un immeuble, ont succédé aux larges dalles beiges.

Les locaux biscornus, tout en recoins et en coursives, s’élèvent sur quatre étages. Chaque centimètre carré y est exploité. Sur la droite, des marches descendent au sous-sol. Des disques s’y entassent par milliers, dans des bacs en contreplaqué blanc. Sur la gauche, une bifurcation mène à la salle réservé aux livres de poche. Pour gagner le rayon « lettres », il faut gravir les six marches d’un escalier. Thomas contourne la vaste table où sont empilées les nouveautés éditoriales, parmi lesquelles figurera bientôt en bonne place un roman de Thomas Zins, puis il furète parmi les étroites allées, aimant à dénicher lui-même les livres qu’il cherche mais aussi à se laisser séduire, au hasard, par le titre aguicheur d’un roman. Il repère l’étagère où sont rangés les ouvrages dont le nom de l’auteur commence par un « D ». À la hauteur de ses yeux, un livre est tourné vers le client. Les lettres Tricks, écrites en capitales, barrent la couverture, qu’illustre la photo d’un sous-bois. La mention « 45 récits » est enchâssé dans le creux du C. « Préface de Roland Barthes », lit-on en bas à droite. »

Matthieu Jung, Le triomphe de Thomas Zins, Anne Carrière, 2017, pp. 616-617.

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