En toute discrétion…

Publié par Bibliothèques de Nancy le

Lieu évoqué : Eglise réformée, Place André Maginot, Nancy.

« Sertier pénétra dans l’église réformée de Nancy au milieu de la foule des fidèles qui venaient pour le culte de 20 h 30. Plus grand, plus massif que la moyenne, il tenta de passer inaperçu et se faufila jusqu’à un coin sombre. Son visage était pâle. Il paraissait exténué.
En entrant sous la nef, le commissaire fut frappé par la paix qui y régnait. Une impression d’unité. Décontenancé par l’ambiance, il s’immobilisa et son regard dériva sur les arcatures du chœur, glissa le long des travées que l’on devinait à peine. Il faillit se signer.
Une porte claqua dans le fond.
Le policier se déplaça à l’écart des flux d’entrée et de sortie. Il caressa le grain poli et pierreux, froid et doux d’une statue. Il eut chaud, déboutonna son imper, remonta un couloir qui menait au confessionnal.
Sertier fit le pied de grue pendant quelques secondes, s’adossa à une colonne. Puis il s’assit sur un banc de pierre. Son cou palpitait.
Sous l’éclairage déficient qui baignait la voûte en berceau du bâtiment, il tenta de repérer Rapaic et ne la vit pas. Un groupe clairsemé et discipliné qui comptait moins d’une dizaine de croyantes, toutes des femmes, avançait dans l’allée centrale. Certaines chuchotaient, et en bon flic, Sertier tendit l’oreille.
La voix de Béatrice le fit tressaillir.
­- Je m’occupe d’un gros contrat, des syriens.
Le commissaire se retourna.
Béatrice, debout dans son dos, fixait sa nuque. Le policier eut la désagréable impression qu’un pic de glace s’insinuait entre ses vertèbres. Mal à l’aise, il se déplaça légèrement sur le côté. La jeune femme lui sourit, puis s’intéressa aux étalages de cierges. Son regard allait et venait, fouillant la semi-obscurité. Elle paraissait elle aussi à bout de force. »

Thierry Brun, Surhumain, Plon, 2010 pp. 116-117

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