« Des venelles, suintant une éternelle humidité »

Publié par Bibliothèques de Nancy le

Lieu évoqué : Faubourg des Trois-Maisons, Nancy

« Entre la croix et l’horloge,
le vieux Faubourg des Trois-Maisons :
des petits bouts de rues de rien du tout qui s’en vont musardant,
aussi sérieuses bien sûr que leurs grandes soeurs,
mais plus aimables,
montrant gentiment le sourire d’une porte bleu tendre ou offrant au passant,
entre deux pavés gras,
trois touffes d’herbe timides,
tout étonnées d’être là, et vivantes ;
des venelles, suintant une éternelle humidité
disparaissent subitement derrière une épaisse bâtisse grouillante d’enfants,
ou bien s’enfonçant en de chlorotiques jardinets poussant
par dessus des murs croulants et crevassés
le misérable squelette de quelque antique mirabellier;
des chats inquiets s’y glissent fort silencieusement
vers des édens verts et frémissant de pépiements ailés.
C’est la campagne !
Les vaguelettes,
Que font en passant
les chalands (odeur de goudron) chargés à ras bord des pierres
de la carrière, clapotent.
Les jardins des Prés
entre Meurthe et Canal, dressent tout de guingois
leurs cahutes branlantes,
de misérables cabanes
où l’on vient le dimanche
casser la croûte dans un nuage léger de moustiques bénins.
La miche de gros pain
prend un goût âcre de fumée et de terre mouillées
quand les feux d’herbes sèches crépitent.
Les rosiers grelotteux et la reine-marguerite
y disputent la place aux choux et aux navets.
Entre sa croix de pierre et son horloge,
le vieux Faubourg s’endort
sous le regard d’une lune narquoise,
bercé par le lointain et sourd grondement
des longs trains de marchandises
qui roulent et roulent sans fin. »

Alain Amant, Nancy Royale et familière, 1957.

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