Extraits à lire et écouter

Source de la Moselle - Bussang

Nous sommes arrivées à Saint-Maurice à temps pour voir la source des eaux de Bussang, qui sortent du gazon dans une prairie ravissante, peuplée de belles vaches noires. C'est un lieu charmant, et l'eau de la fontaine de Bussang est meilleure que du vin de Champagne. De là, nous avons été voir la source de la Moselle, qui est à deux pas de l'autre source ; l'eau de la Moselle n'a pas de vertus médicinales, mais elle devient une grande rivière, grâce à un ruisseau bouillonnant qui s'appelle le Drimont et qui tombe d'un rocher en cascade. Je trouve que la Moselle devrait s'appeler le Drimont, car c'est ce ruisseau qui fournit le plus d'eau au point de départ.

NEWTON, Sarah. "Voyage à Plombières en 1808". In Voyages anciens et modernes dans les Vosges 1500 - 1870. Épinal : Éditions Veuve Durand et fils, Libraires-éditeurs, 1881, pp.155-156

Bibliographie : Sarah NEWTON (1789-1850), comtesse Desttut de Tracy. Demoiselle de compagnie de la marquise de Coigny, elle tint un journal de voyage.

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Église de Remiremont

Remiremont, où nous avons déjeuné, était jadis une ville brillante ; il y avait des hôtels, de superbes jardins et un chapitre fameux. L'église est encore fort belle, le clocher magnifique et le cimetière, plein de fleurs d'automne qui croissent naturellement, présente un aspect mélancolique. La plupart de ces belles maisons sont fermées, et l'herbe pousse dans les rues ; c'est une espèce de petit Versailles, et on soupire en voyant cet abandon.

NEWTON, Sarah. "Voyage à Plombières en 1808". In Voyages anciens et modernes dans les Vosges 1500 - 1870. Épinal : Éditions Veuve Durand et fils, Libraires-éditeurs, 1881, pp.154-155

Bibliographie : Sarah NEWTON (1789-1850), comtesse Desttut de Tracy. Demoiselle de compagnie de la marquise de Coigny, elle tint un journal de voyage.

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Le Prieuré d'Hérival

Hier, nous sommes parties dès le matin avec M. de la Vieuville et le major, en char-à-bancs, pour aller voir la forêt de sapins, qui est à trois lieues d'ici. La pluie nous a empêchés [sic] de dîner sur l'herbe, mais non pas de nous promener sous les arbres verts et tristes qui offrent une couverture si épaisse, où l'on est à l'abri de l'eau comme du soleil ; mais décidément c'est trop noir. La pluie ayant cessé, nous avons pu descendre, comme dans une cave, au fond d'une vallée, pour voir un petit lac au bord duquel sont les ruines d'une ancienne abbaye qui s'appelle Hérival, et dont les moines avaient bien choisi l'emplacement, pour venir là, loin du bruit et du mouvement, oublier le monde et ses vanités. Jamais je n'ai vu rien de plus silencieux ni de plus triste que ces vieux murs couverts de ronces, au milieu de cette forêt noire, et cependant je comprends qu'on puisse vivre dans de tels endroits et même s'y plaire. Nous avons mangé un dîner froid dans un cabaret, et nous sommes rentrées à Plombières avec la pluie, et un peu brisées par les cahots du char-à-bancs.

NEWTON, Sarah. Voyage à Plombières en 1808, Voyages anciens et modernes dans les Vosges 1500 - 1870. Épinal : Éditions Veuve Durand et fils, Libraires-éditeurs, 1881, pp.139

Bibliographie : Sarah NEWTON (1789-1850), comtesse Desttut de Tracy. Demoiselle de compagnie de la marquise de Coigny, elle tint un journal de voyage.

 

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Le Val d'Ajol

Ce matin nous avons été, par une chaleur extrême, à travers champs et par le chemin le plus long, au Val-d'Ajol. C'est un superbe vallon qui a sept lieues de circonférence, et qui est semé d'arbres et de petites maisons d'une ravissante propreté. L'église du village est charmante et très ancienne. Il est traversé par un ruisseau orné d'un pont romain, composé de cinq énormes pierres d'une belle couleur, et qui ont l'air d'être vieilles comme Rumulus. Il y avait jadis en ce pays un homme célèbre qui s'appelait comme le village, Val-d'Ajol, et qui remettait tous les membres qu'on se brisait pour l'aller voir, car le chemin qui conduisait chez lui est encore un véritable casse-cou. En un mot, il avait le talent de remettre les os en place avec une facilité surprenante et sans faire souffrir. Cet homme est mort, mais il a laissé une foule d'héritiers qui possèdent son secret.

NEWTON, Sarah. "Voyage à Plombières en 1808", in Voyages anciens et modernes dans les Vosges 1500 - 1870. Épinal : Éditions Veuve Durand et fils, Libraires-éditeurs, 1881, pp.137

Bibliographie : Sarah NEWTON (1789-1850), comtesse Desttut de Tracy. Demoiselle de compagnie de la marquise de Coigny, elle tint un journal de voyage.

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Église de Remiremont

Remiremont, situé sur la Moselle, doit son nom à l'insigne chapitre de Chanoinesses séculières. Les flammes ayant détruit, au 10° siècle, l'ancien monastère qui était sur le haut d'un mont, l'empereur Louis III le fit reconstruire dans la plaine voisine. Ce chapitre est gouverné aujourd'hui par la très haute princesse de Salm qui, ainsi que son illustre soeur, la princesse Christine, nous reçut avec les plus grands témoignages de bienveillance. Nous y restâmes quelques jours et nous y serions demeurés plusieurs autres encore, si les pressants intérêts de notre voyage n'eussent exigé notre départ. L'église est très vaste.
Un tremblement de terre l'ayant ébranlée, il y a quelques années, la princesse abbesse la fit soutenir par des piliers solides. Le pape Léon IX en a consacré lui-même le maître-autel, auquel officient seuls les sept chanoines préposés à l'instruction des vierges de la maison. Derrière cet autel, il en est un autre plus élevé, où l'on garde cinq châsses de reliques principalement de St-Romaric, etc. Là est placé le portrait de Ste-Solitrude avec le voile (Kolpostegon en grec) ou, comme on dit, l'amict pectoral et avec le manteau de chanoinesse. C'est de la même manière qu'est représentée sa statue à la porte de l'église et que figurent les abbesses sur leurs tombes. On doit conclure de là que les insignes des nonnes, qui n'existent plus du tout aujourd'hui, ont été longtemps conservées dans cette abbaye.
Dans la sacristie on garde un voile oblong dont on couvre l'autel à des jours déterminés et qu'on dit avoir été donné par le pontifie de Rome.
La croix qui a environ 7 à 8 siècles, représente l'image de Notre Seigneur Jésus Christ revêtu de ses habillements.
Le cimetière, qui est derrière l'église, renferme plusieurs tombes anciennes. Dans l'église souterraine, se trouvait jadis une chapelle assez grande, érigée en l'honneur de St-Benoît, mais les modernes l'ont profanée et l'autel est tout à fait détruit, dans la crainte que les chanoinesses ne saisissent l'occasion de se replacer sous la règle de St-Benoît.

Dom RUINART. "Voyage de Dom RUINART (1696)", in Voyages anciens et modernes dans les Vosges 1500 - 1870. Épinal : Éditions Veuve Durand et fils, Libraires-éditeurs, 1881, pp. 35-36

Bibliographie : Dom RUINART, (1657-1709) est un savant bénédictin de la congrégation de Saint-Maur. Disciple de Dom Mabillon, il l'accompagna à l'occasion de ses voyages en France. Un périple en Alsace et en Lorraine, effectué en 1696 lui inspira la rédaction d'un  Voyage littéraire en Alsace et en Lorraine.

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Le Donon

Aussi y ayant pris un léger repas et renvoyant nos chevaux, nous arrivâmes enfin, au bout d'une marche d'une lieue, au pied du Frankenberg, appelé Deux-Monts, par les habitants du pays, parce qu'en effet il y a comme une seconde montagne qui s'élève au-dessus des autres. D'où nous étions, elle est tellement taillée à pic qu'on ne peut y monter qu'en rampant sur une terre molle et des herbes agrestes. On y voit un rocher presque abrupte[sic] partout, qui vers l'ouest forme comme une forteresse et s'appuie sur deux autres comme sur un double rempart. Nous n'y parvînmes que par les trous et les fentes des rochers. Nous eûmes alors devant les yeux une plate-forme de 100 pieds de large, sur quatre cents de long, terminée par un autre rocher plus élevé. Ayant fait environ cent pas dans cette espèce de plaine, nous trouvâmes les restes d'un ancien édifice, qui avait, entre les murailles, 37 pieds de long, sur 28 de large, et dont la hauteur, comme on peut le conjecturer d'après les pierres qui en restent, était de 13 pieds. Il y avait deux portes, l'une vers l'est, l'autre vers l'ouest, de cinq pieds de haut et deux de large, et autant de fenêtres, l'une au nord, l'autre au sud, toutes deux hautes de cinq pieds et larges de quatre. Cet édifice est bâti en pierres de taille carrées, jointes avec tant de solidité, qu'il est plus facile, comme on l'a éprouvé, de les mettre en morceaux que de les séparer ; aussi n'avons-nous pu savoir si c'était le fer, le ciment ou le plomb ou quelque autre matière qui les attachait l'une à l'autre.
Cet édifice a été habité, ainsi qu'on le voit par des débris de tuiles et de charbons, qu'on trouve assez souvent en fouillant la terre. Il a été sans doute ravagé par le temps et même par l'incendie.
A quinze pas plus loin, il avait été élevé une colonne carrée, haute d’environ 29 pieds, comme on peut s'en assurer par les pierres qui en restent. Ce monument se divisait en trois parties ; c'étaient en quelque sorte trois colonnes superposées dont chacune avait sa base et son chapiteau ; enfin sur cette masse avait été érigée une statue qu'on n'a pu encore retrouver parmi les ruines, quelque soin qu'on y ait mis.
Sur la base inférieure de la colonne étaient gravées des inscriptions, comme nous l'avons pu voir par quelques traces de lettres à moitié effacées. Tous nos efforts pour recomposer du moins quelques mots n'ont pu aboutir et nous n'avons pu en déterminer que les syllabes que d'autres de notre ordre avaient déjà devinées.
A vingt-cinq pas de là, on trouve un second édifice en tout semblable au premier et plus loin un troisième à pareille distance. En face du second, vers le nord, on remarque les vestiges d'un puits que le temps a comblé.
Après avoir visité tous ces édifices, nous arrivâmes au rocher le plus élevé dont la face méridionale présente un bas-relief sculpté sur la pierre même, représentant le combat d'un lion contre un sanglier. Le lion furieux, la gueule ouverte comme pour dévorer le sanglier, s'élance sur lui ; l'autre, prêt à la défense, tournant le dos à la roche qui se rétrécit, se tient sur un terrain un peu plus élevé. Sous cette sculpture se lisent les deux mots suivants, gravés en caractères romains, le premier sous le lion, le deuxième sous le sanglier.
BELLICcVS SVRBVR

Dom RUINART. "Voyage de Dom RUINART (1696)", in Voyages anciens et modernes dans les Vosges 1500 - 1870. Épinal : Éditions Veuve Durand et fils, Libraires-éditeurs, 1881, pp. 28-30

Bibliographie : Dom RUINART (1657-1709) est un savant bénédictin de la congrégation de Saint-Maur. Disciple de Dom Mabillon, il l'accompagna à l'occasion de ses voyages en France. Un périple en Alsace et en Lorraine, effectué en 1696 lui inspira la rédaction d'un Voyage littéraire en Alsace et en Lorraine.

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Plombières-les-Bains

D'abord, au fond d'un vallon creux, s'étant un lac que tous les côtés entourent des hôtelleries. Là, hommes et femmes, garçons et filles, nobles et vilains, savants et illettrés, le vieillard engourdi et la jeunesse au pied léger, l'homme intact et le blessé, celui qui est couvert de cicatrices ou déchiré d'ulcères, gens sains ou gens malades, tous viennent réchauffer leurs membres dans le même bassin d'eau fumante, enfermé dans une enceinte de murs d'environ deux cents pas.
On peut y voir, assis sous un toit de feuillage, des gens riches qui ont loué la place à prix d'argent. Tout autour, les baigneurs en foule se tiennent collés aux pierres de la muraille, appuyés sur des fourches et plongés dans l'eau jusqu'au menton ; d'autres errent dans le lac transparent, dirigeant avec des bâtons fourchus leur pesante personne et leurs pas vacillants. Condition, rang, sexe, âge, tout est confondu. Beaucoup aussi se lancent à la nage à travers le bassin sur les ondes mouvantes. L'un, debout, se tient hors de l'eau jusqu'à la ceinture, l'autre plonge de temps en temps.
Puis à l'endroit même où la source jaillit en bouillonnant, et près de la lèvre de pierre qui alimente l'étang, les vieillards épuisés, les vieilles femmes émaciées, sombre, débile et flasque cohue, troupe pâle, tremblotante et sans charme, assiègent et gardent la place obstinément. Leur souffle glacé attiédit la source, et l'onde pure est souillée de leur contact immonde.
Mais voici que, brillantes et belles, aimables, gracieuses, charmantes, au teint éclatant, pleines d'élégance et souriantes, jeunes femmes et jeunes filles, dignes du cortège de Vénus, apparaissent s'élevant au-dessus de l'onde jusqu'à la ceinture ; leur blanche poitrine est couverte d'une tunique de lin ; tout s'embellit de leur présence et leur contact rassérène les eaux. Le lac attristé rayonne du feu de leurs yeux et l'onde troublée s'égaie du reflet de leurs visages. Les mains entrelacées, elles parcourent cette mer, et leur démarche a plus de souplesse que la branche du saule. Leurs regards s'allument et leurs pupilles s'éclairent ; leurs joues s'animent de l'éclat du carmin et sur leurs lèvres brille la pourpre de Phénicie.

Camerarius, "Des thermes de Plombières", in Voyages anciens et modernes dans les Vosges 1500 - 1870. Épinal : Éditions Veuve Durand et fils, Libraires-éditeurs, 1881, pp. 4-5

Bibliographie : Joachim Camerarius (1500-1574) est un savant et réformateur allemand. Il rend compte de son séjour thermal à Plombières.

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31 Rue Saint-Michel Épinal

Elle repart, s'arrête à nouveau un peu plus loin, juste après le magasin de cycles à l'enseigne " Occasion moto" écrite en vieilles capitales poussiéreuses dont il manque le dernier O. Puis elle vérifie l'adresse sur son agenda de poche ; c'est bien ici, au 31, rue Saint-Michel, anciennement faubourg de la Porte-de-la-Fontaine, détruite au XIIIe siècle. Elle détaille, rêveuse, la façade blessée par la fumée noirâtre des poids lourds et des automobiles. Un vacarme effrayant. L'immeuble est curieux, percé de fenêtres basses en ogive, plaqué d'un lourd balcon de fer forgé courant tout le long du premier étage, un immeuble sans âge dont il lui paraît difficile de déceler l'origine et dont les murs rouge lui font confusément penser aux corons du plat pays. Il faut passer le porche et c'est à gauche. La plaque de bakélite noire gravée d'or luit dans la pénombre humide : "Véra Stolypine, professeur de violon." La vieille dame doit avoir quatre-vingt-cinq ans, peut-être plus. Elle ne sonne pas tout de suite ; elle fait quelques pas dans la cour, sorte de décharge encastrée dans la montagne gréseuse où subsiste une maigre végétation, quelques bouts d'herbe poussant entre les pavés désunis, des buissons tailladés par le vent. Ses yeux vont du réfrigérateur rouillé aux latrines, une cabane de planches noircies. L'odeur d'urine est insupportable. En plein milieu de la courette, une 404 aux yeux crevés achève de rouiller. Plus de roues, des banquettes défoncées, éventrées par endroits, une carcasse de tôle froissée et un volant cassé en deux.

BABERT, Caroline. Les méandres de la Moselle. Paris : Éditions Ramsay, 1980, pp. 84-85

Bibliographie : Caroline BABERT (1947-2010), journaliste et romancière, a obtenu le prix Erckmann-Chatrian 1980 pour son roman Les Méandres de la Moselle. L'ouvrage retrace la quête d'une jeune parisienne à la recherche de ses origines à Épinal.

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Gare d'Épinal

La vieille micheline galope, s'emballe dans la dernière ligne droite, ralentit enfin, on approche de la ville, puis rend l'âme dans un curieux bruit de ferraille où les aigus frémissent. La gare est là, longue bâtisse crépie, désuète, avec ses sept portes qui ouvrent sur le quai, encadrées du même bleu qu'hier, à peine terni, surmontées des mêmes inscriptions : chef de service, billets, messagerie, téléphone, chef de gare, salle d'attente première classe, salle d'attente deuxième classe.
La plupart des derniers voyageurs descendent, elle regarde passer de main en main les valises de carton vieillies de quinze ans, les paniers remplis de marchandises, les sacs de skaï ou de plastique, une agitation vite gommée, chacun a envie de se coucher. Elle se rapproche de la pâle lumière jusqu'à coller son front à la fenêtre, ce pays est son pays, elle ne veut rien manquer de ce spectacle. Ni le fanion rouge du chef de gare, ni le salut du machiniste. Puis la micheline repart, bringuebalant un peu plus qu'au départ de Nancy, déjà épuisée par la neige en barrières molles et lourdes qu'elle doit pourfendre. Et c'est encore la nuit. Elle croise les mains, s'enfonce dans son coin et égrène à voix haute la fin de son voyage : Châtel-Nomexy, Thaon, Épinal.
Épinal, le commencement d'une autre attente.

BABERT, Caroline. Les méandres de la Moselle. Paris : Éditions Ramsay, 1980, pp. 22-23

Bibliographie : Caroline BABERT (1947-2010), journaliste et romancière, a obtenu le prix Erckmann-Chatrian 1980 pour son roman Les Méandres de la Moselle. L'ouvrage retrace la quête d'une jeune parisienne à la recherche de ses origines à Épinal.

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Basilique Saint-Maurice d'Epinal

L'église… Non, la basilique ! Puis-je l'avouer : j'ai eu du mal à m'y faire. De l'extérieur elle me parut si austère avec sa tour beffroi du XIe siècle - d'abord celle de la ville à laquelle l'édifice religieux du XIIIe s'appuya, si je puis dire - ses épais murs gouttereaux aveugles, ses arcs-boutants, que je mis quelques mois avant d'y pénétrer. Quand je m'y risquai, j'eus le sentiment d'être écrasée par la pierre. En effet, pour soutenir ses larges voûtes les piliers sont taillés en puissance, affinés pourtant par la montée des colonnettes qui se rejoignent à la croisée des ogives. D'instinct, je me dirigeai vers la nappe de lumière qui tombe des hauts vitraux de la grande nef et je m'assis. Là, je me suis sentie en paix, en amitié avec ces lieux, attentive à une autre lumière. Peu à peu, mon oeil s'habituant, je découvris les beautés d'une église faite pour la méditation, embellie, agrandie par des chapelles au cours des siècles grâce, je l'appris plus tard, à l'attention fervente que lui portèrent des femmes : les chanoinesses d'Épinal.

CRESSANGES, Jeanne. Je vous écris d'Épinal. Paris : Éditions Jean LAMOURE, Novembre 2009, pp. 17

Bibliographie : Jeanne Cressanges, originaire de l’Allier, s’installe en 1968 à Épinal à la suite d’une mutation professionnelle de son époux. Plusieurs de ses romans ont pour cadre les Vosges. Je vous écris d’Épinal est une invitation à découvrir la ville à travers les yeux de l’auteure.

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